Dimanche 29 avril 2007

Cette biographie d’Alan Turing, un peu longue (430 pages), est particulièrement riche en détails sur la participation de Turing à l’effort de guerre Anglais et à la construction des premiers ordinateurs. Mais ce n’est pas ce qui m’a le plus ému dans ce livre.

 

Le 31 Mars 1952 Alan Turing est jugé coupable de relations homosexuelles par le tribunal de Knutsford dans le Cheshire. Il est condamné à se soumettre à un traitement hormonal et placé sous surveillance judiciaire pendant un an. Cette condamnation était relativement clémente pour l’époque. Elle procédait d’un certain « modernisme » qui considérait les homosexuels comme des victimes d’une tare génétique plutôt que comme des êtres faibles et immoraux, incapables de réprimer leurs instincts lubriques. Il faut savoir que cette triste alternative est encore en vigueur dans une certaine mesure aux états-Unis, où certains homosexuels revendiquent le caractère génétique de leur orientation sexuelle, afin d’échapper au statut de pécheur : car s’il n’y a pas de libre-arbitre il n’y a pas de péché. Toujours est-il que les premières tentatives de « soin » de l’homosexualité eurent lieu aux états-Unis en 1944 sous l’impulsion d’un certain Docteur Glass, qui injecta des doses d’hormones mâle à onze hommes homosexuels. Parmi ces onze personnes, trois avaient été contraintes par leur famille à recevoir le traitement, et une par un ordre du tribunal. La théorie sous-jacente était que les homosexuels masculins ne sécrétaient pas suffisamment d’hormones mâles, et se trouvaient en quelque sorte féminisés. L’expérience fut un échec : cinq sujets ressentirent un accroissement de leur pulsions contrairement à l’effet recherché. On passa donc à l’administration d’hormone femelle qui, sans changer l’orientation sexuelle des sujets, avait au moins pour effet de diminuer leur libido, voire de l’anéantir totalement. Et là je cite cette phrase d’Andrew Hodges qui m’a fait sursauter : « L’un des attraits de cette technique était qu’elle paraissait beaucoup plus efficace que la castration physique- régulièrement pratiquée aux états-Unis – qui ne parvenait pas à supprimer complètement les pulsions sexuelles. » J’ose au moins espérer que la castration physique n’était employée que sur des violeurs pédophiles, mais j’avoue n’en rien savoir. La castration physique étant interdite en Grande-Bretagne, Alan Turing eut droit à la version chimique. Malgré les effets indéniables de cette « thérapie » sur sa libido il mit un point d’honneur à continuer de fréquenter des hommes, pour ne point se renier. Comme on le sait il se suicida le 7 juin 1954, environ un an après la fin de son traitement.

 

par Fabien Besnard publié dans : math-et-physique
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Lundi 23 avril 2007
Bon, mes intuitions politiques ne semblent pas très fiables, puisque je croyais dur comme fer que Bayrou serait au second tour. Alors si je vous dis que je ne crois pas du tout que Royal puisse battre Sarkozy, vous avez le droit de ne pas être convaincus. Néanmoins un rapide calcul ne laisse pas beaucoup de chances à la candidate socialiste : en raclant tout ce qui est à sa gauche, c'est-à-dire en imaginant un hypothétique report de voix de 100 % à gauche, plus un quart des électeurs de Le Pen, il faudrait encore que Royal réussisse à capter les deux tiers des électeurs de François Bayrou pour arriver seulement à 50 %. Si cela se confirme, mais tant mieux si je me trompe, beaucoup de ceux qui ont voté hier pour la candidate du PS risquent de regretter rapidement leur choix. Je connais pas mal de socialistes qui ont voté hier avec une seule idée en tête : passer le premier tour pour éviter le naufrage de leur parti. Ont-ils jamais entendu parler de Pyrrhus ?
par Fabien Besnard publié dans : Politique
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Vendredi 20 avril 2007

Les lignes qui suivent sont autant destinées à me convaincre moi-même qu'à convaincre les autres. Cette campagne présidentielle a été, je crois que c'est largement reconnu, d'une totale nullité. Les "grands" candidats, en particulier N. Sarkozy et S. Royal, ont fait une campagne purement publicitaire, l'oeil rivé sur les sondages "quali", sans développer l'ombre d'une pensée politique cohérente. En sont-ils d'ailleurs capables ? On peut en douter si l'on considère l'énormité des bourdes commises par ces deux prétendants. Concernant le seul sujet de l'Afghanistan, Mme Royal a dénoncé le régime des Talibans, comme si ceux-ci étaient encore au pouvoir, tandis que M. Sarkozy s'est révélé incapable de dire si Al-Qaida est une organisation sunnite ou chiite. Il a même assimilé ces deux tendances de l'Islam à des ethnies ! Je trouve cela particulièrement inquiétant. On s'est beaucoup gaussé de G. Bush, mais voilà, nous en sommes au même point en France : peut-être sur le point d'élire à la présidence un (ou une) inculte. Derrière l'insincérité permanente des candidats, on est contraint de deviner les intentions cachées. En ce qui concerne Mme Royal je déclare forfait. Nicolas Sarkozy est malgré tout, et surtout malgré lui, plus transparent. J'ai écrit plus bas pourquoi cette élection ressemblait en réalité à un référendum pour ou contre le modèle américain incarné par l'ex-ministre de l'intérieur.

C'est pourquoi je voterai François Bayrou.  D'abord parce qu'il a dit moins d'âneries que les deux autres, parce que son agrégation de Lettres me rassure quant à son niveau intellectuel, parce qu'il est le seul des trois à avoir protesté avec véhémence contre la privatisation des sociétés d'autoroutes, parce qu'il a annoncé qu'une future constitution européenne repasserait par la voie référendaire, et parce qu'il a le courage d'affirmer dans le point 11 de sa profession de foi qu'il interdira "aux groupes privés qui vivent des commandes publiques de détenir des médias". Enfin, son élection permettrait je le crois une véritable redistribution du jeu politique qui me semble plus que nécessaire, tant les cartes sont actuellement brouillées. Et si une formation politique réellement de gauche et réellement républicaine devait émerger, rien ne nous interdirait de lui donner une majorité de cette teneur aux prochaines législatives.

par Fabien Besnard publié dans : Politique
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Jeudi 12 avril 2007
Depuis des semaines je me demande pourquoi dans cette campagne électorale on aborde si peu les vrais problèmes, chômage, école, Europe, pacte républicain, etc... Et lorsqu'elle les aborde, c'est de façon biaisée et superficielle, comme cette histoire de carte scolaire. Il est étonnant que N. Sarkozy réussisse systématiquement à lancer des thèmes dont la pertinence n'est pas évidente, le dernier en date étant le "gène de la pédophilie", et à en faire le centre du débat. Même avec la complaisance des médias, qui lui sont acquis, ce serait un tour de force. Sauf si... le vrai thème de la campagne c'était Nicolas Sarkozy lui-même ! Ou si l'on veut, à travers lui, le modèle américain qu'il incarne. Cette élection est une sorte de nouveau référendum, pour ou contre le modèle social américain, réplique à distance du référendum sur le TCE. De ce point de vue, tout s'éclaire, et pour que les mêmes causes produisent les mêmes effets, le camp du NON n'a plus qu'à choisir le bon champion pour le second tour...
par Fabien Besnard publié dans : Politique
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Mercredi 11 avril 2007

Je recommande à tous la lecture de l'article de F. Guichard sur le blog de J.P. Brighelli, sur la distinction entre éducation nationale et instruction publique. Ce qui pourrait passer pour une simple nuance reflète en réalité une opposition entre deux conceptions philosophiques. Cette opposition s'est exprimée en 1792 entre les partisans de Robespierre, largement inspirés par Rousseau, et ceux de Condorcet lors des débats à l'assemblée législative relatifs à l'organisation de l'enseignement public. F. Guichard montre bien comment les deux conceptions s'affrontent toujours aujourd'hui. Un point me semble particulièrement important : "Tout le problème est là. Pour les « militants de l'éducation », les savoirs sont des opinions, et non pas fondés en raison. Voilà pourquoi, selon ces personnes, instruire est une violence faite à l'enfant.". Ici ce n'est pas "la faute à Rousseau", mais plutôt aux philosophies post-modernes et au relativisme cognitif qui ont impregné une bonne partie de l'intelligentsia et des "sciences" de l'éducation.

Pour finir, évitons de tomber dans le manichéisme (comme certains commentateurs du blog de JPB) : Rousseau était un grand philosophe, et l'on peut, avec Condorcet, admirer "Du contrat social" tout en étant en profond désaccord avec ses vues sur l'éducation.

par Fabien Besnard publié dans : enseignement
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