Mardi 1 novembre 2005

 

 

Si vous pensez que la bêtise humaine a des limites, c’est que vous ne connaissez ni le toucher thérapeutique, ni la « science » védique, deux exemples de pseudosciences étudiés par Alan Sokal dans son dernier bouquin.

Le toucher thérapeutique est une version moderne du magnétisme ou de l’imposition des mains, théorisée par une infirmière du nom de Martha Rogers, que ses disciples n’hésitent pas à comparer à Einstein. Cette technique semble avoir un certain succès aux Etats-Unis, mais le plus consternant est que l’habillage pseudoscientifique et jargonnant de cette charlatânerie parmi tant d’autres a réussi à convaincre le milieu infirmier du sérieux de cette théorie.

 

Si le toucher thérapeutique n’a ni fondement scientifique, ni fondement empirique (comme l’a habilement démontré une fillette de onze ans !), au moins il ne semble pas dangereux. Il en va différemment de la « science védique ». Selon ses adeptes, la science au sens où l’on entend généralement ce mot n’est qu’une manifestation de l’impérialisme occidental. Il n’a donc pas de science universelle, mais une science « occidentale » par opposition à d’autres, en particulier la science védique, issue de la tradition hindoue. Sokal observe que la science védique a des partisans de gauche, et des partisans nationalistes de droite. Les premiers défendent un point de vue relativiste et postmoderne, selon lequel la prétention de la science « occidentale » à rechercher la vérité objective est infondée car une telle vérité n’existe pas, et suggèrent même que l’universalisme qui caractérise la science est une forme de colonialisme. Sokal cite fort pertinemment ce texte que ne renierait sûrement pas ces soi-disant intellectuels soi-disant de gauche, ni d’ailleurs la plupart des postmodernes :

 

 

 

            « Il n’y a jamais eu de science sans présupposés, une science ‘objective’, vierge de valeurs et dépourvue de vision du monde. Le fait que le système de Newton a conquis le monde n’a pas été la conséquence de sa vérité et de sa valeur intrinsèque ou de sa force de persuasion, mais plutôt un effet secondaire de l’hégémonie politique que les Britanniques avaient acquise à cette époque et qui s’est transformée en empire. […] Les faits sont simplement les suivants : une idée née des Lumières –c’est-à-dire une idée issue de la civilisation occidentale à une époque bien précise- s’est érigée en vérité absolue et a proclamé qu’elle était un critère valable pour tous les peuples et à toutes les époques. Nous avons là un parfait exemple d’impérialisme occidental, une impudente affirmation de sa suprématie. »

 

 

 

La citation est de Ernst Krieck, idéologue nazi convaincu, qui écrivait ces mots en 1942.

 

 

 

 

Les seconds promoteurs de la science védique, les nationalistes de droite vont plus loin : ils affirment la supériorité de la science védique (dont le contenu est trop flou pour que je m’essaie à le résumer) qui contiendrait avec des siècles d’avance les découvertes les plus récentes de la physique des particules. Tout ceci n’est bien sûr fondé que sur l’interprétation bien choisie de poèmes du Rig-Véda. Comme le remarque Sokal, cela ne dépasse pas le niveau de « la bible : le code secret », mais le parti nationaliste hindou du BJP ayant été au pouvoir ces dernières années, les prosélytes de la science védique ont pu en profiter pour s’immiscer dans les universités. Ceci est particulièrement inquiétant dans la mesure où cette pseudoscience rappelle fâcheusement la science aryenne. A ce propos, citons la conclusion de Krieck :

 

 

 

            « Les décisions motivées par une vision du monde fondée sur la race déterminent la structure de base – le principe ou phénomène élémentaire – sur laquelle se fonde une science. […] Un Allemand ne peut observer et comprendre la nature que selon ses caractéristiques raciales. »

 

 

 

Rappelons que les affrontements religieux sont monnaie courante en Inde. Le reniement et la destruction théorique des idées des Lumières et de l’universalisme scientifique ont toujours été associés aux pires dérives totalitaires. On peut craindre que l’histoire se répète. Dans un registre peut-être un peu moins dramatique, on peut également se souvenir de l’affaire Lyssenko et de sa biologie marxiste, qui ont ramené en quelques années l’agriculture russe au niveau du moyen-âge, provoqué la famine, et envoyé les meilleurs généticiens soviétiques au goulag. Alors que l’Inde est aujourd’hui l’un des plus grands pays en terme de recherche scientifique, il serait catastrophique qu’elle se laisse entraîner dans de telles dérives.

 

 

 

par Fabien Besnard publié dans : math-et-physique
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Dimanche 23 octobre 2005

Je viens juste d'acheter le dernier livre d'Alan Sokal : "pseudosciences et post-modernisme : adversaire ou compagnons de route ?", aux éditions Odile Jacob. Je n'en suis qu'au début mais c'est déjà passionnant. J'ai remarqué un petit schéma amusant p 45 : Sokal trace un axe qui va des véritables sciences aux pseudosciences, fondé sur l'importance des preuves empiriques, et cela donne à peu près cela :

théorie atomique--oscillation des neutrinos-------------théorie des cordes-----------------fusion froide-------------------------------------------homéopathie-------astrologie, créationisme, religions. 

par Fabien Besnard publié dans : math-et-physique
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Jeudi 20 octobre 2005

Un débat sur l'avenir des IUFM, qui promet d'être intéressant, aura lieu samedi 22 à la Sorbonne.

On peut consulter le site : http://www.qsf.fr/

par Fabien Besnard publié dans : enseignement
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Lundi 17 octobre 2005

 

 

 

Je n’ai pas spécialement l’intention de me transformer en critique musical, je n’en ai d’ailleurs pas les capacités. Cependant, j’essaierai à l’occasion de faire partager quelques coups de cœur à mes (fidèles !) lecteurs.

 

Je suis venu tardivement au jazz et à la musique classique, mais j’en écoute de plus en plus, et je suis rarement déçu. La qualité des musiciens, leur dévouement à la musique et leur humilité m'inspirent presque toujours le respect, tandis que la scène pop/rock me semble envahie depuis quelques années par de jeunes analphabètes dont la totale absence de créativité n’a d’égale que la suffisance et la prétention. En terme de marché du disque, les proportions sont inverses. Les musiciens de talent vivent le plus souvent chichement de leur art, passent leur temps en tournée et se déplacent parfois de loin pour jouer devant 30 personnes, en donnant tout ce qu’ils ont.

 

Le quintet de jazz de la chanteuse Youn Sun Nah est incontestablement de cette trempe là, donnant sans compter, jouant avec un plaisir palpable. Malgré leur jeune âge ils ont su développer un style vraiment original, fait de mélodies simples et qu’on se surprend à fredonner, tantôt puissamment rythmique, tantôt aérien et envoutant. Youn Sun Nah est une chanteuse de grand talent, servie par des musiciens inspirés. Mais ce n’est pas seulement ça : c’est avant tout un groupe, ou chacun apporte sa touche.

Je les ai découverts il y a de ça trois ans, et je ne les ratent pas dès qu’ils passent près de chez moi. Il faut absolument les voir en concert si vous en avez l’occasion, c’est la meilleur façon de les découvrir, et c’est vraiment réjouissant. Il serait d’ailleurs urgent qu’ils sortent un live où l’on pourrait retrouver leurs impros. En attendant on peut se procurer leurs deux premiers et excellents albums : Light for the people, et So I am. Le Youn Sun Nah quintet est sans conteste l’une des révélations de la scène jazz française de ces dernières années, et en ce qui me concerne c’est le groupe qui m’a procuré le plus de plaisir en concert (avec le génial clarinettiste New-Yorkais David Krakauer dont il faudra que je parle un jour). Ne les manquez pas !

Pour en savoir plus, vous pouvez aussi lire cet article dans jazzbreak.

 

Vous pouvez aussi écouter un extrait.

 

D'autres extraits ici.

 

 

 

 

par Fabien Besnard publié dans : musique
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Lundi 10 octobre 2005

L'article de Jean-Paul Delahaye dans le dernier numéro de Pour la Science traite de deux raisonnements mathématiques (probabilistes dans les deux cas) tout ce qu'il y a de plus rigoureux, mais dont la conclusion est tellement contraire à notre intuition que l'on a coûtume de les appeller "paradoxes".

Le premier est le paradoxe de Monty Hall, que j'ai également traité ainsi qu'une de ses variantes sur cette page.

Le second, qui m'était inconnu est qui est très troublant, est "l'énigme des Sophies". L'énoncé est le suivant : 1er cas : une famille de deux enfants a au moins une fille, 2e cas : une famille de deux enfants a au moins une fille qui s'appelle Sophie. Dans les deux cas il faut déterminer la probabilité que la famille ait deux filles. Notre intuition nous hurle que les deux probabilités seront égales, et pourtant ce n'est pas le cas ! La première probabilité vaut 1/3 et la seconde 1/2. Je vous invite à lire l'article de J.P Delahaye pour plus de précisions.

Le point commun entre ces deux "paradoxes" est de montrer que notre intuition n'identifie pas toujours très bien le contenu en information d'une situation. Un autre célèbre paradoxe du même genre est celui de Hempel, aussi connu sous le nom de paradoxe de l'induction. Soit la conjecture : "tous les corbeaux sont noirs". Si vous voyez un corbeau noir, deux corbeaux noirs, trois corbeaux noirs etc... vous serez sûrement d'accord pour dire que la probabilité que cette conjecture soit vraie augmente. Vous le serez peut-être moins si je vous dis qu'il en va de même si l'on voit... une vache blanche ! Rendez vous sur cette page sur mon site si vous souhaitez en savoir plus.

par Fabien Besnard publié dans : math-et-physique
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