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Jargon

29 Août 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Le jargon administratif est parfois tellement impénétrable qu'il en devient teinté d'une sorte de poésie absurde. Voici un exemple que Pierre Dac n'aurait pas renié, trouvé au dos d'une feuille de notation administrative (distribuée annuellement aux enseignants). Si vous ne me croyez pas le scan est ici.


 

Voies de recours

Si vous estimes devoir contester cette décision, vous pouvez former :

-soit un recours gracieux qu'il vous appartiendrait de m'adresser,

-soit un recours contentieux devant le tribunal administratif.

Le recours gracieux peut être fait sans condition de délais.

En revanche, le recours contentieux doit intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Toutefois, si vous souhaitez en cas de rejet du recours gracieux, former un recours contentieux, ce recours gracieux devra avoir été introduit dans un délai sus-indiqué du recours contentieux.

Vous conserverez ainsi la possibilité de former un recours contentieux dans un délai de deux mois à compter de la décision intervenue sur ledit recours gracieux.

Cette décision peut être explicite ou implicite (absence de réponse de la part de l'administration pendant quatre mois).

Dans les cas très exceptionnels où une décision explicite intervient dans un délai de deux mois après la décision implicite -c'est-à-dire dans un délai de six mois à compter du présent avis- vous disposez à nouveau d'un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision explicite pour former un recours contentieux.


 

 Finalement, le plus simple c'est de ne pas former de recours...

Si vous avez d'autres exemple du même tonneau n'hésitez pas à me les envoyer, je lance un grand concours !

 

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Qui vivra verra !

22 Août 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

La physique quantique a donné lieu à de multiples interprétations. Une des plus populaires est celle du multivers d’Everett et DeWitt (voir aussi cette FAQ). Fondamentalement, l’idée est de remplacer les probabilités quantiques par des statistiques. Cette interprétation est très attirante car elle permet de se débarrasser de certains paradoxes, comme celui du fameux chat de Schrödinger, mais au prix d’une hypothèse très forte : l’existence d’une quantité virtuellement infinie d’univers parallèles. Le problème majeur avec cette interprétation (comme avec la plupart des autres) est qu’il n’y a aucun moyen de la tester expérimentalement puisqu’elle fait exactement les mêmes prédictions que la mécanique quantique « traditionnelle ». Ma conviction est que l’avènement sans doute prochain d’une théorie unifiant physique quantique et relativité générale produira une nouvelle révolution conceptuelle qui éclairera d’un jour nouveau les « paradoxes quantiques », en particulier celui de l’imbrication (« quanglement »). En attendant, Moravec et Marchal ont indépendamment proposé une « expérience » des plus déconcertantes. Il s’agit tout bonnement de se mettre à la place du chat de Schrödinger, c’est-à-dire de coupler un lancer de pile ou face quantique avec un dispositif mortel quelconque et un expérimentateur, de mettre le tout dans une boîte noire et de répéter l’expérience un grand nombre de fois. C’est le suicide quantique. Du point de vue d’un observateur extérieur, rien ne permet de différencier l’interprétation multiverselle de l’interprétation traditionnelle : l’expérimentateur finit par mourir. Mais du point de vue subjectif de l’expérimentateur, la seule version de lui qui subsiste dans le multivers est celle qui a réussi tous les lancers de pile ou face. En supposant que la conscience de l’expérimentateur ne dépende que de sa mémoire (qui est la même dans chaque branche du multivers) et pas de sa position dans le multivers, il devrait à chaque tirage se retrouver sur la branche où il survit. L’idée est donc que l’expérimentateur va finir par comprendre ce qui se produit car il va survivre miraculeusement à chaque fois, ce qui n’est compréhensible que dans l’interprétation de Everett et De Witt ! Certains ont même poussé le raisonnement jusqu’à l’idée de l’immortalité quantique. Il se trouve qu’adolescent, friand de science et de science-fiction j’avais pensé à cette éventualité… pour la repousser aussitôt avec effroi : si on réfléchit quelques instant l’immortalité quantique est le pire des enfers puisque si vous êtes à l’article de la mort et que par quelque miracle quantique vous survivez, il est fort probable que vous surviviez dans un très mauvais état, un sort bien peu enviable et à bien des égards pire que la mort. Cependant, comme disait Jean Rostand, ce n’est pas parce qu’on trouve une chose horrible qu’elle n’existe pas.

Il est clair que le raisonnement qui sous-tend l’idée du suicide quantique est contestable sur de nombreux points. L’idée même de boîte noire pose problème du point de vue de la décohérence, la supposition sur la continuité de la conscience à travers le multivers est sujette à caution, etc… De plus, seul l’expérimentateur connaît la vérité, il lui serait impossible de convaincre les observateurs extérieurs. Je crains que cela ne révèle un problème profond avec cette idée : mon sentiment est que dans l’expérience du suicide quantique on passe subrepticement d’une interprétation fréquentiste des probabilités (qui fait tout l’intérêt de l’interprétation multiverselle) à une interprétation subjective des probabilités. Du point de vue de l’expérimentateur survivant disons à 100 suicides quantiques, l’explication la plus probable (encore faut-il accepter de donner une probabilité à une explication…) est que l’interprétation multiverselle est vraie. Mais du point de vue d’un observateur extérieur rien de tel : le fait que l’expérimentateur ait survécu 100 fois ne donne absolument aucun crédit à l’interprétation multiverselle. Il y aurait donc des théories vérifiées pour certains observateurs et pas pour d’autres, le caractère objectif de la connaissance serait irrémédiablement perdu. Si l’interprétation multiverselle est un remède aux paradoxes quantiques, le remède semble pire que le mal. Mais encore une fois ce n’est pas parce qu’une chose semble horrible qu’elle n’existe pas…

Notons toutefois que d’un point de vue popperien il n’y aucune différence entre l’observateur extérieur et l’expérimentateur. En effet, l’expérience du suicide quantique ne permet à aucun des deux de réfuter l’interprétation multiverselle, donc elle ne permet à aucun des deux de la confirmer. A ce titre elle resterait pour les deux une interprétation et non une théorie scientifique. Qui est prêt à risquer sa vie pour ça ?

 

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Emission sur l'état de la recherche

17 Août 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

L'émission d'Alain Cirou et Astrid Bard ce matin sur Europe 1 recevait Maurice Porchet, biologiste à l'université de Lille et Edouard Brézin, physicien et président de l'académie des sciences. Le thème était les difficultés de la recherche française, particulièrement du recrutement. L'idée principale qui a été martelée pendant cette émission est qu'il n'y pas trop de docteurs, mais que le privé ne les embauche pas suffisamment. On a entendu également les incantations habituelles sur la frilosité du privé en France, son aversion au risque, sa préférence pour les diplômés des grandes écoles.

Autant dire que ça m'a énervé. Comme dans d'autres domaines, le modèle français est accusé de tous les mots, et le privé est invité à résoudre tous les problèmes qui sont pourtant du ressort de l'Etat. Je ne nie pas qu'il y ait un problème spécifiquement français concernant le recrutement des docteurs dans le privé, mais pour y remédier il faut essayer de comprendre le problème sans a priori, en commençant par se dire que les recruteurs dans le privé ne sont pas idiots, qu'ils savent où est leur intérêt et qu'il n'ont pas forcément tort de préférer les diplômes bac+5 délivrés par les grandes écoles au doctorat. La première force des grandes écoles c'est le concours. Ce dernier est une sorte de certificat qui atteste qu'au moins à un moment donné de sa vie un candidat a été motivé et possédait des capacités techniques non négligeables. Dans la formation strictement universitaire, rien de tel n'existe. Tout le monde sait qu'on délivre des doctorats bidons, que certains docteurs n'ont tout simplement pas le niveau, il faut avoir le courage de le dire et cesser l'hypocrisie. D'ailleurs même pour les emplois dans la recherche publique, on privilégie systématiquement les candidats qui ont passé un concours (normale sup ou polytechnique, agrégation dans une moindre mesure). Certains diront que c'est scandaleux, moi je ne pense pas que ça le soit. Le principal reproche que je ferai à ces concours est qu'ils sélectionnent à un âge précoce et quasiment fixé. Il n'y a pas beaucoup de place dans le système français pour ceux qui se réveillent en retard ou qui ont un parcours un peu sinueux, quelles qu'en soient les raisons. C'est pourquoi je préconise, non pas de supprimer les concours, mais au contraire d'en créer un nouveau, préalable au doctorat ou se situant dans la première année d'un doctorat. Le but est de diminuer le risque qu'une personne prend en s'engageant dans un doctorat, d'une part en invitant une partie des candidats à se reconvertir avant de se lancer dans une telle aventure, et d'autre part en revalorisant le diplôme aux yeux des recruteurs. On peut dire du mal des concours, mais à mes yeux, il s'agit du "moins pire" des systèmes (le pire à l'exception de tous les autres comme Churchill disait à propos de la démocratie). On peut aussi reprocher à mon système d'être coûteux. On pourrait à moindre coût utiliser un concours existant, celui de l'agrégation dans les disciplines où elle existe. Comme l'a proposé J.P. Demailly, il conviendrait également de créer un corps d'agrégés docteurs qui aurait vocation à enseigner dans les 3 premières années universitaires.

Enfin, il faut également que l'Etat joue pleinement son rôle, et assume le risque que certains voudraient voir assumé par les entreprises privées, en embauchant davantage de chercheurs. Il s'agit après tout de faire respecter le contrat social (si tu travailles dur et que tu passes des diplômes, tu auras un travail intéressant) et c'est bien le rôle de l'Etat. De plus, on imagine mal comment un passionné d'archéologie, de cosmologie ou de mathématiques pures pourrait soudain se passionner pour la finance ou l'industrie, même si la paye est au rendez-vous. C'est aussi un problème de valeur : on ne peut pas à la fois se lamenter sur le fait que les jeunes accordent moins de valeur à la science qu'à l'argent, et proposer des emplois sous qualifiés ou non-motivants à ceux qui ont montré leur désintéressement et leur passion pour la recherche.

Mon article est sûrement un peu décousu, tapé dans l'urgence. C'est une réaction à vif. Mais j'espère avoir convaincu qu'on pouvait améliorer le ratio candidat/emploi après la thèse, aujourd'hui à un niveau scandaleusement bas, en jouant sur trois tableaux : plus de postes publics, moins de thésards, plus de débouchés privés grâce à une revalorisation du diplôme.

 

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La grande messe du 20 heures.

14 Août 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Très drôles ces journalistes, vraiment très drôles. Je ne sais pas si vous avez regardé le JT de France 2 ce soir mais c’était désopilant. Ils ont passé un reportage sur « le président de la République, Jacques Chirac, à la messe de Bormes-les-mimosas » ! Et les commentaires étaient d’un sérieux… quel talent ! Mais quand même, c’est un peu gros : le canular est visible, même si par ruse ils n’ont pas choisi la date du 1er Avril,  plus habituelle pour ce genre de blagues. Primo, la République étant laïque, un président n’assisterait certainement pas à un office religieux à titre officiel, en convoquant les caméras. Non, il opterait plutôt pour la discrétion. Deuzio, les journalistes d’une grande démocratie comme la France ne laisserait pas passer l’occasion d’exercer leur sens critique, et rappelleraient à coup sûr le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Enfin, et c’est le plus cocasse, comment croire une seconde que Jacques Chirac soit encore président après quatre échecs électoraux consécutifs (régionales, cantonales, sénatoriales et référendum) ? Ils ont vraiment beaucoup d’imagination mais il y a des limites. Non ?

 

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Le sondage : un nouveau critère pour l'éthique ?

4 Août 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Le numéro 10 (juin-septembre 2005) du magazine « Cerveau et Psycho », une émanation du très sérieux magazine « Pour la Science » contient un article intitulé « Sectes ou religions : quelles différences ? », par V. Saroglou professeur de psychologie à l’université catholique de Louvain. Cet article contient un certain nombre d’affirmations étonnantes. Ainsi « il paraît peu pragmatique d’envisager une suspicion généralisée par rapport au religieux intense.». J’avoue ne pas comprendre en quoi cela serait « peu pragmatique ». Par ailleurs une suspicion généralisée envers le religieux intense m’apparaît au contraire nécessaire. Faut-il rappeler le nombre de morts dû encore récemment au religieux intense ? Un peu plus loin, l’auteur évacue au détour d’une phrase les travaux des parlementaires français et belge sur la question sectaire, et met en avant dix critères qui lui paraissent raisonnables. Ces critères (rejet du monde extérieur, prosélytisme, etc…) me paraissent également raisonnables, mais pour savoir si ces critères sont effectivement perçus comme dangereux, l’auteur se base sur… un sondage auprès de 120 personnes ! Quel bel exemple de rigueur scientifique ! Il se permet même de classer les dix critères par ordre décroissant de dangerosité alors que les six premiers résultats sont tous dans la fourchette d’erreur qui doit être de l’ordre de dix pourcents pour un tel sondage. Au-delà du peu de crédibilité d’un sondage réalisé sur un échantillon aussi réduit de la population, le rôle du scientifique me paraît dangereusement brouillé dans cette affaire. S’il s’agissait de définir des critères de dangerosité des organisations sectaires pour le psychisme des individus, le professeur de psychologie V. Saroglou serait parfaitement dans son rôle. Lorsqu’il s’agit de définir ce que la société accepte ou non, qu’on me permette de me fier davantage à l’avis de parlementaires élus a priori pour ça qu’à celui d’un professeur en université armé d’un sondage ridicule. D’une manière générale, il me semble que c’est au législateur qu’incombe la tâche de définir « l’inacceptable », et surtout pas aux scientifiques. L’article de Cerveau et Psycho pose un problème qu’on peut replacer dans un contexte plus général. Les scientifiques doivent éclairer le législateur par des connaissances objectives (ou aussi objectives que possible), en l’occurrence préciser les dommages psychiques éventuellement subis par les adeptes, et non pas se substituer à lui. Malheureusement, les politiques ont de plus en plus tendance à ne pas assumer leur rôle et à se réfugier derrière des experts ou des comités d’éthique. Malgré l’estime que je peux porter à tel ou tel membre de ces comités, il me semble qu’il y a là une dérive à la fois de la science et de la démocratie.

 

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