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Deux liens

30 Novembre 2005, 17:33pm

Publié par Fabien Besnard

Deux physiciens de renommée internationale, Raymond Streater et Gerard t'Hooft (prix Nobel) prodiguent des conseils intéressants aux jeunes chercheurs. Ils expliquent comment devenir un bon physicien et aussi comment en devenir un mauvais. Le site de t'Hooft contient également un article sur le paranormal

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Internet c'est chouette !

30 Novembre 2005, 17:18pm

Publié par Fabien Besnard

Il y a des invetions qui changent vraiment la vie, et internet en fait clairement partie. Trois exemples :

1) On peut voir les conférences qu'on a raté, comme loops 2005. Bon d'accord le son est pourri, l'image pas terrible, mais voir Carlo Rovelli sautiller en s'exclamant "the newton law, the newton law !" ça vallait le coup.

2) Si on est déçu par le dernier épisode des rois maudits, on peut aller sur wikipédia consulter l'article sur Robert d'Artois et perdre deux heures à remonter les fils de la dynastie des Valois...

3) Si un hérisson mal en point vient se réfugier dans vos plans de tomates, et que vous ne savez pas quoi lui donner à manger, vous pouvez "googliser" l'information en deux minutes (il faut lui donner de la pâtée pour chat, et surtout pas du lait).

Bref, internet ça change la vie, même celle des hérissons.

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Laurent Lafforgue démissione du HCE

22 Novembre 2005, 22:39pm

Publié par Fabien Besnard

Laurent Lafforgue, médaille fields, a été nommé très récemment au Haut conseil à l'éducation. Dix jours à peine après son installation officielle, le président de ce HCE, Bruno Racine, demandait sa démission. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que M. Lafforgue a écrit un mail considéré comme violent à l'encontre des instances dirigeantes de l'éducation nationale. Vous pouvez consulter ce mail sur le site de M. Lafforgue et juger par vous même. Pour ma part je n'y vois qu'une saine révolte contre le pédagogisme, malgré des excès de langage compréhensibles dans un mail privé. J'ajoute que les opinions exprimées par Laurent Lafforgue sont également celles de très nombreux collègues enseignants Cette démission n'augure rien de bon. Elle démontre s'il en était besoin que les adversaires de l'instruction publique (c'est-à-dire de l'école républicaine) se situent aussi bien à droite (tendance très nette de ce HCE) qu'à gauche. Cela me renforce dans l'idée qu'un changement réel ne serait envisageable que si les forces républicaines de droite comme de gauche avaient la volonté de s'unir pour donner corps aux aspirations des citoyens français, aspirations exprimées avec force lors du référendum sur le TCE, notamment.

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Pourquoi la science dérange

20 Novembre 2005, 16:02pm

Publié par Fabien Besnard

Jean Bricmont fait une observation très pertinente dans la préface du dernier livre de Sokal.

 

            « [Il faut] distinguer deux aspects dans le discours scientifique :

-Un aspect affirmatif, à savoir les assertions faites sur le monde réel par les diverses sciences, à un moment donné de l’histoire.

-Un aspect sceptique, qui consiste à douter de toutes les autres assertions faites sur le monde réel, par qui que ce soit, scientifique ou non scientifique. »

 

 C’est évidemment le second aspect qui dérange, en particulier parce qu’il sape les bases de tous les dogmes et de toutes les croyances. À cet égard « l’affaire Galilée » est une parfaite illustration. L’aspect affirmatif de la théorie de Galilée ne dérangeait pas outre mesure l’Eglise à partir du moment où Galilée acceptait la doctrine de la double vérité : une vérité pour les sciences, une autre pour l’Eglise, la première n’ayant qu’une portée technique, la seconde ayant une portée universelle. Remarquons que ce compromis proposé à Galilée  constituait déjà un recul de la part de l’Eglise. Ce recul avait d’ailleurs été rendu nécessaire par les progrès de la science pré-Galiléenne, la position antérieure de l’Eglise était bien au contraire celle d’une vérité unique, universelle, et contenue toute entière dans la Bible. Le refus de Galilée marque l’entrée dans le monde moderne : la science ne se contente plus d’une vérité subalterne, et ses assertions remettent en cause les autres assertions entrant en contradiction avec elle, y compris celles contenues dans la Bible. Ces remises en cause n’étaient bien sûr qu’implicites du temps de Galilée, mais les autorités ecclésiastiques d’alors avaient bien compris leur potentiel dévastateur, qui ne fit que se confirmer par la suite. La situation semble aujourd’hui inversée par rapport à l’époque de Galilée : bien que les connaissances scientifiques rendent éminemment improbables la grande majorité des assertions contenues dans les textes religieux, quels qu’ils soient, « on » admet l’existence d’une vérité de foi, subjective et personnelle, à côté de la vérité scientifique objective (autant qu’il est possible de l’être) et universelle. Il faut expliquer le « on ». Ce « on » peut représenter la société civile, sécularisée, des sociétés modernes, il peut représenter l’état laïque et ses lois, dont l’origine ne s’encre plus dans le divin mais dans la volonté des citoyens. Ce « on » peut représenter l’Eglise elle-même, qui a dû admettre que certaines assertions bibliques ayant autrefois valeur d’assertions factuelles ne devaient être considérer désormais que comme des paraboles ou des vérités symboliques. Ce « on » peut représenter l’homme dont la raison est éclairée par la science, mais que ses passions poussent à des croyances contradictoires et qui cherche un compromis mental. Potentiellement ce « on » représente donc chaque être humain. Résumons l’évolution historique, quitte à la caricaturer, en trois périodes : 1) une première période, intégralement religieuse, caractérisée par une vérité unique contenue dans la Bible, 2) une période pré-moderne, caractérisée par la doctrine de la double-vérité, avec primauté de la vérité religieuse sur la vérité scientifique dont le caractère purement technique et interne est affirmé, enfin 3) une période moderne caractérisée par une double-vérité avec primauté de la vérité scientifique sur la vérité religieuse dans la sphère publique et affirmation du caractère subjectif et privé des croyances religieuses. Une étape ultérieure se dessine naturellement : l’affirmation d’une vérité scientifique unique et universelle. Ceux qui souhaitent son avènement, ou simplement le prophétisent, sont généralement qualifiés de scientistes, de positivistes bornés, de nouveaux prêtres ou de flics de la pensée. On considère souvent que leur désir secret est de prendre la tête d’un nouvel ordre du monde dans lequel l’intégrisme scientifique remplacerait l’intégrisme religieux. C’est peut-être le cas pour certains, mais sur le plan théorique c’est un non-sens, tout simplement parce qu’il n’y a pas de Vatican de la Science. Une société dans laquelle une vérité scientifique universelle s’imposerait peut sembler a priori symétrique de la société intégralement religieuse, mais en réalité il n’y a pas de symétrie, puisque l’origine de toute vérité, à savoir Dieu dans le premier cas, a été remplacée par le « on » complexe, multiple, changeant, soumis au débat, et fondamentalement démocratique. Une telle société « de phase 4 » pourrait à juste titre être qualifiée de post-moderne, malheureusement le terme a été usurpé par ceux qui voudraient en réalité retourner à la société pré-moderne. Ceci est parfaitement apparent chez Isabelle Stengers, citée également par Jean Bricmont :

 

            « S’il est une date marquant l’origine de ce que nous appelons les sciences modernes, n’est-ce pas celle où Galilée refusa le compromis éminemment rationnel [c’est moi qui souligne] que lui proposait le cardinal Bellarmin […] »

 

Pour les « postmodernes » il importe de remettre la science, la philosophie des Lumières qui lui est intimement liée, et la philosophie du progrès qui en découle, à leur place, c’est-à-dire une place quelconque parmi tous les types de « discours ». Elle perdrait ainsi son pouvoir d’empêcher de penser en rond. Notons que la société qui découlerait de tels principes serait intermédiaire entre les sociétés de période 2 et de période 3, tandis que la préférence des intégristes religieux iraient vers une société de période 2 voire 1. Il s’agirait néanmoins d’une régression très claire, du moins du point de vue de la philosophie du progrès, telle qu’exprimée par Condorcet par exemple, et à laquelle j’adhère. Cette philosophie demande-t-elle l’avènement d’une société de « période 4 » ? Peut-on percevoir les signes d’un tel avènement ? Une telle société est-elle simplement envisageable ? Bien que mon avis ne soit pas totalement tranché, je suis tenté de répondre non aux trois questions. Ce n’est pas le soucis de me dédouaner définitivement de l’épithète de scientiste qui m’amène à cette conclusion, mais l’analyse spinozienne de la psychée humaine qui me conduit à tempérer quelque peu mon progressisme « naïf ». Je tenterai de développer prochainement ce dernier point.

 


 

Mise à jour : Il y a un post intéressant sur cosmic variance sur un sujet similaire.

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Pseudosciences et postmodernisme

1 Novembre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

 

 

Si vous pensez que la bêtise humaine a des limites, c’est que vous ne connaissez ni le toucher thérapeutique, ni la « science » védique, deux exemples de pseudosciences étudiés par Alan Sokal dans son dernier bouquin.

Le toucher thérapeutique est une version moderne du magnétisme ou de l’imposition des mains, théorisée par une infirmière du nom de Martha Rogers, que ses disciples n’hésitent pas à comparer à Einstein. Cette technique semble avoir un certain succès aux Etats-Unis, mais le plus consternant est que l’habillage pseudoscientifique et jargonnant de cette charlatânerie parmi tant d’autres a réussi à convaincre le milieu infirmier du sérieux de cette théorie.

 

Si le toucher thérapeutique n’a ni fondement scientifique, ni fondement empirique (comme l’a habilement démontré une fillette de onze ans !), au moins il ne semble pas dangereux. Il en va différemment de la « science védique ». Selon ses adeptes, la science au sens où l’on entend généralement ce mot n’est qu’une manifestation de l’impérialisme occidental. Il n’a donc pas de science universelle, mais une science « occidentale » par opposition à d’autres, en particulier la science védique, issue de la tradition hindoue. Sokal observe que la science védique a des partisans de gauche, et des partisans nationalistes de droite. Les premiers défendent un point de vue relativiste et postmoderne, selon lequel la prétention de la science « occidentale » à rechercher la vérité objective est infondée car une telle vérité n’existe pas, et suggèrent même que l’universalisme qui caractérise la science est une forme de colonialisme. Sokal cite fort pertinemment ce texte que ne renierait sûrement pas ces soi-disant intellectuels soi-disant de gauche, ni d’ailleurs la plupart des postmodernes :

 

 

 

            « Il n’y a jamais eu de science sans présupposés, une science ‘objective’, vierge de valeurs et dépourvue de vision du monde. Le fait que le système de Newton a conquis le monde n’a pas été la conséquence de sa vérité et de sa valeur intrinsèque ou de sa force de persuasion, mais plutôt un effet secondaire de l’hégémonie politique que les Britanniques avaient acquise à cette époque et qui s’est transformée en empire. […] Les faits sont simplement les suivants : une idée née des Lumières –c’est-à-dire une idée issue de la civilisation occidentale à une époque bien précise- s’est érigée en vérité absolue et a proclamé qu’elle était un critère valable pour tous les peuples et à toutes les époques. Nous avons là un parfait exemple d’impérialisme occidental, une impudente affirmation de sa suprématie. »

 

 

 

La citation est de Ernst Krieck, idéologue nazi convaincu, qui écrivait ces mots en 1942.

 

 

 

 

Les seconds promoteurs de la science védique, les nationalistes de droite vont plus loin : ils affirment la supériorité de la science védique (dont le contenu est trop flou pour que je m’essaie à le résumer) qui contiendrait avec des siècles d’avance les découvertes les plus récentes de la physique des particules. Tout ceci n’est bien sûr fondé que sur l’interprétation bien choisie de poèmes du Rig-Véda. Comme le remarque Sokal, cela ne dépasse pas le niveau de « la bible : le code secret », mais le parti nationaliste hindou du BJP ayant été au pouvoir ces dernières années, les prosélytes de la science védique ont pu en profiter pour s’immiscer dans les universités. Ceci est particulièrement inquiétant dans la mesure où cette pseudoscience rappelle fâcheusement la science aryenne. A ce propos, citons la conclusion de Krieck :

 

 

 

            « Les décisions motivées par une vision du monde fondée sur la race déterminent la structure de base – le principe ou phénomène élémentaire – sur laquelle se fonde une science. […] Un Allemand ne peut observer et comprendre la nature que selon ses caractéristiques raciales. »

 

 

 

Rappelons que les affrontements religieux sont monnaie courante en Inde. Le reniement et la destruction théorique des idées des Lumières et de l’universalisme scientifique ont toujours été associés aux pires dérives totalitaires. On peut craindre que l’histoire se répète. Dans un registre peut-être un peu moins dramatique, on peut également se souvenir de l’affaire Lyssenko et de sa biologie marxiste, qui ont ramené en quelques années l’agriculture russe au niveau du moyen-âge, provoqué la famine, et envoyé les meilleurs généticiens soviétiques au goulag. Alors que l’Inde est aujourd’hui l’un des plus grands pays en terme de recherche scientifique, il serait catastrophique qu’elle se laisse entraîner dans de telles dérives.

 

 

 

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