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Passions

6 Janvier 2006, 15:48pm

Publié par Fabien Besnard

"Le philosophe qui veut éteindre ses passions

ressemble au chimiste qui voudrait éteindre son feu."

Chamfort.

Il me semble que la chose la plus difficile à accomplir pour un être humain est de reconnaître qu’il s’est fourvoyé. Et plus il s’est fourvoyé longtemps, plus il lui est difficile de le reconnaître. Cela implique d’une part de perdre la face, ce qui est toujours désagréable, mais pire encore d’envisager le fait d’avoir perdu une part du précieux temps qui nous est accordé sur cette Terre à défendre des inepties. Plus on a investi, plus on se refuse à accepter le fait de l’avoir fait en vain, et plus on a recours à des arguments irrationnels pour se justifier.

 

Ce phénomène psychologique est si fort qu’il touche même ceux dont le métier est de douter, selon la bonne vieille méthode cartésienne, je veux parler des scientifiques. Il suffit pour s’en convaincre de considérer que le plus éminent chimiste français de la fin du XIXe siècle, Marcellin Berthelot (mort en 1907), n’a jamais accepté l’existence des atomes. Il est tentant de faire un parallèle avec la théorie des cordes, dont certains partisans vont jusqu’à promouvoir une remise en cause complète de la méthode scientifique plutôt que d’admettre que leur théorie est actuellement dans une impasse (dont elle sortira peut-être un jour, l’avenir le dira). L’être humain est-il alors irrémédiablement borné, et y a-t-il lieu de désespérer de lui ?

 

Borné, il l’est c’est certain, mais il faut considérer que lorsque cela ne l’entraîne pas jusqu’au déni de la réalité, c’est une qualité essentielle. La persévérance est en effet indispensable à l’accomplissement de tout programme scientifique un tant soit peu ambitieux. Plus encore que la persévérance, une motivation interne qui peut s’apparenter à un a priori ou à un parti-pri philosophique sont à mon sens nécessaires. Comment dès lors accéder à l’objectivité ? Ce n’est pas chose aisée, et ce qui est remarquable dans la Science et ce qui la distingue pratiquement de toutes les autres entreprises humaines c’est précisément la possibilité de réaliser des consensus malgré la multiplicité des a priori. Ainsi, bien qu’il y ait presque autant d’interprétations de la mécanique quantique que de physiciens, tous tombent d’accord sur les prédictions que fait cette théorie. Mais la multiplicité des interprétations sera peut-être un atout le jour, et ce jour viendra n’en doutons pas, où il faudra dépasser cette théorie, de la même façon que la variabilité génétique est un atout adaptatif pour une espèce. Donc vive les a priori, mais à deux conditions : qu’ils ne soient pas hégémoniques, et qu’ils n’aillent pas jusqu’à remettre en cause la possibilité même du consensus, c’est-à-dire les principes mêmes de la Science.