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Papam et circenses

13 Septembre 2008, 11:28am

Publié par Fabien Besnard

Réunir 50 000 catholiques dans la capitale de la fille aînée de l'Eglise, est-ce vraiment un tour de force ? Certes, il n'en faut pas plus pour que les télépropagandistes, euh... je veux dire les journalistes, décrètent qu'il s'agit d'un grand succès. Tous ces jeunes venus en masse pour voir le pape, n'est-ce pas un signe indubitable d'un retour en force du religieux ? En fait, rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. Les églises sont vides, les baptêmes en chute libre, et tous les sondages montrent que les croyances religieuses reculent régulièrement en France (Voir ici, ou , ou encore , pour diversifier les sources.) en particulier chez les jeunes. Il est également important de garder à l'esprit que parmi les 60 et quelques pour cent de français qui se déclarent catholiques, seule une infime partie affirme croire à la vie après la mort, la résurrection de Jésus, la virginité de Marie, bref, tout ce qu'un catholique est censé croire si les définitions ont un sens. Il est même assez piquant de constater qu'une bonne partie d'entre eux ne croit même pas en Dieu ! En se disant catholiques, ces personnes affirment simplement une appartenance de type communautaire, ou culturelle, comme on voudra.

Pour assurer la paix civile à Rome, il fallait du pain et des jeux. Le pain se faisant de plus en plus cher ces temps-ci, on comprend la tentation pour le pouvoir de recourir à la religion pour seconder la télévision dans son rôle de contrôle social et d'abrutissement des foules. Dans cette atmosphère de Restauration, le gagnant de la dernière loterie électorale pense pouvoir revenir en toute impunité sur la laïcité, et déterrer la hache d'une guerre qui s'était terminée sur un traité de paix. Dans l'éventualité d'un nouveau conflit, faisons un petit inventaire des forces en présence.

D'un côté on a des minorités agissantes : catholiques intégristes, musulmans fondamentalistes, juifs identitaires, escrocs scientologues, new born christians etc... Ce sont des troupes déterminées mais divisées : si elles peuvent se réunir pour taper sur les laïcs et les athées, elles ne perdront pas une occasion de se tirer dans le dos. Dans l'autre camp, on s'est beaucoup amolli ces temps derniers. L'anticléricalisme est une tradition qui se perd :  il n'y a plus guère que quelques vieux militants de la Libre Pensée pour râler contre le statut dérogatoire de l'Alsace-Moselle, et il faut voir les regards qu'on me jette quand je refuse d'entrer dans une église cautionner l'OPA du clergé sur la mort et les grandes occasions de la vie. Pire, les atermoiements d'une certaine gauche devant la montée de l'islam politique a laissé le champ libre à une droite laïque sélectivement et par intermittence. Mais si le parti calotin envisage de déclencher les hostilités dans l'espoir d'une victoire facile, je crois qu'il se trompe, car en cas de mobilisation générale, le camp laïc peut compter sur le renfort de l'immense troupe des agnostiques, des athées, du sage parti des j'm'en foutistes, des vaguement déistes, des nombreux croyants qui n'éprouvent pas le besoin d'investir la place publique pour vivre leur foi, et enfin de ceux, toujours plus nombreux, qui aimeraient qu'on cesse de détricoter tout ce qui marche bien dans ce pays et qu'on s'occupe enfin des vrais problèmes.

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Joseph 02/10/2008 18:31

Je ne voudrais pas relancer perpétuellement une discussion à propos de la laïcité, mon propos portait sur votre appel à la résistance laïque et j’avais fait remarquer que les 2 discours que vous citiez contenaient bien peu d’éléments pouvant provoquer un tel élan. Vous m’avez ensuite renvoyé au discours du Latran, puis à l’appel de la Sapienza, idem : je relis les deux discours, je complète certaines informations à propos de l’appel des enseignants, libre à chacun de vérifier les éléments que j’ai crus nécessaires d’apporter. Ma grille de lecture est certainement sélective ou orientée, car je n’y vois que du feu, en tous cas bien peu d’incitations à remettre le religieux au centre du débat, si ce n’est dans la vie personnelle de chacun. J’estime important d’aspirer à une certaine spiritualité, que celle-ci est bien indépendante de tout credo, mais qu’à tout le moins nous sommes tous bien conscients qu’il y a des interrogations fondamentales : les conditions de notre liberté, les implications de notre responsabilité. Chacun y répond à sa façon, l’objet du débat n’est pas de dire que la religion seule peut apporter des réponses, car rien ne doit prévaloir avant le libre-arbitre. Mais la religion ne doit pas être absente de la réflexion, bien qu’elle puisse sembler irrationnelle et demande à échafauder des hypothèses difficiles à vérifier.
Puis vous m’invitez à aller voir l’article de Catherine Kintzler, ce que je fais. Et c’est là que je voudrais arrêter ma contribution à propos de ce thème sur votre blog. Car Catherine nous emmène encore sur d’autres brisées (discours de Riyad) et mentionne des propos « insultants » ou « de mauvaise foi » envers les incroyants. Soupçons, procès d’intention, la discussion risque de se perdre dans le sable. Mon « jésuitisme » n’est pas si avéré que cela. Je ne me sens pas investi d’une mission consistant à secouer des consciences.
Car dans ces conditions, on dépasse largement le propos et je ne pense pas que vous auriez plaisir à voir votre blog s’épancher en chamailleries à propos de la laïcité positive ou négative.
Je ne veux pas fuir le débat, mais pour répondre à Catherine je dois vérifier ses sources, or le temps c’est ce qui nous manque le plus. Par ailleurs, je ne me pose pas en défenseur d’un combat qui veut replacer le religieux au centre de la politique. D’autant plus que Catherine enfonce quelques portes ouvertes : « Il appartient aux religions de devenir positives et non-exclusives ». Il y a belle lurette que l’église romaine n’a plus dans ses intentions de programme politique.
Que vous puissiez m’apporter la contradiction par rapport à cette affirmation en citant des témoignages inverses et certainement à l’infini (et j’exclus même les citations historiques), je n’en doute pas. Mais pour quelqu’un qui connait un peu les rouages (la curie, les doctrines, l'Académie pontificale des sciences), je prétends que toutes ces charges apostoliques ont été rendues caduques depuis plus d’un demi-siècle.

Fabien 30/09/2008 09:03

Joseph, vous aurez beau déployer des trésors de jésuitisme, vous ne convaincrez personne que le chanoine de St-Jean de Latran soit un défenseur convaincu de la laïcité, ou que Ratzinger soit abonné à Golias...En ce qui concerne le concept de laïcité positive, je me permets de vous renvoyer vers l'excellent texte de Catherine Kintzlerhttp://www.mezetulle.net/article-22800376.htmlbien cordialement,Fabien

Joseph 29/09/2008 17:54

Fabien: je connais le discours de NS Au Latran, j'ai également lu l'interview donnée par NS à la presse (Osservatore Romano, Radio Vatican) suite à ce discours, histoire de ne pas rater des propos qu'il n'aurait pas voulu tenir directement en face du pape ou d'une assemblée élargie.
Ce discours est facilement accessible. Pour en faire une synthèse en une phrase en omettant toutes les références à l’histoire de la religion (« la France, fille-aînée de l’Eglise »), mon résumé serait le suivant : NS insiste sur le rôle crucial des instances politiques à propos de la situation internationale, sur l’évolution de l’Europe en particulier (dans le sens d’une harmonisation étendue), sur les tensions au Moyen Orient. Et il livre ses craintes au sujet des problèmes sociaux et de la redistribution des richesses dans les pays africains et asiatiques.
Juste une citation du discours à propos de la laïcité positive : c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas.
Je comprends que vous soyez sourcilleux, c’est normal que l’on soit chatouilleux à propos d’un Président qui rend visite à une autorité ecclésiastique. Mais avec toute la prudence qui s’impose et en relisant cette ainsi mais également tout l’exposé, je n’y vois rien qui justifie cette suspicion.
 
Vous avez évoqué aussi les reproches adressés par le collège des enseignants (L’affaire Galilée, appelée Protestation La Sapienza). Certaines infos sont fausses, malheureusement un front anticlérical italien ensuite largement relayé par les médias nationaux avaient fait un procès d’intention.
En réalité le pape a été cité hors contexte, lui attribuant ainsi des propos allant totalement en contresens.
Seule est restée cette phrase désormais célèbre mais qui émane en réalité de Paul Feyerabend :  "Il processo della Chiesa contro Galileo fu ragionevole e giusto".  Trad. : "Le procès intenté par l’église à Galilée fut rationnel et juste".
Ratzinger citait Feyerabend et commentait ainsi ses propos : « Il serait absurde de construire sur la base de ces affirmations une doctrine apologétique. La foi ne grandit pas sur le terreau du ressentiment et du rejet de la rationalité, mais de son affirmation fondamentale, celle d'être ancrée dans une forme encore plus grande de la raison. » Je prétends que cette polémique déclenchée par un front anticlérical était basée sur des reproches bien ténus.
 
Je suis alsacien (j’ai bien ri en vous voyant râler à propos de l’exception Alsace-Lorraine), j’ai exercé en Allemagne, ce qui m’a permis de lire certains livres du Cardinal Ratzinger en Allemagne. Je ne prétends pas avoir tout lu, sa bibliographie est vaste, sans compter sa participation à la théologie, à la philosophie, aux sciences humaines. Mais je connais un peu cette personne depuis relativement longtemps car je m’intéresse à l’histoire des religions. Jeune Benoît XVI était considéré comme un rénovateur. Devenu cardinal, il a hérité d’une charge : la doctrine de la foi (horreur : c’est ainsi que l’on appelait la « Sainte Inquisition »), ce qui l’a fait passer pour un héritier de cette idéologie et donc pour un conservateur. En tous cas, je n’ai aucun souvenir de lectures qui m’auraient choqué, je pense partager comme la plupart d’entre nous l’amour des sciences. Et je prétends qu’il est aussi rigoureux que nous, aussi vigilant que nous pensons devoir l’être. Mais j’ose affirmer qu’il y a bien longtemps qu’il a fait une croix (sans jeu de mot) sur toute idéologie et qu’il ne souhaite pas le retour en force du religieux. Je pense qu’il sait que le monde a changé.

Fabien 24/09/2008 15:34

Quant aux remises en cause de la laïcité, oui j'incriminai bien le mari de Carla Bruni, et pas le pape (dont on n'attend pas moins), c'est bien de la loterie électorale française que je parlai, peut-être que mon allusion n'était pas aussi transparente que je l'imaginais ("mari de Carla Bruni" entraîne moins d'équivoque, encore que...).

Fabien 24/09/2008 15:27

Joseph : je ne sais pas si vous avez bien suivi ma pensée, mais ce que j'essayai d'expliquer, en citant des sources autres que des discours, c'est que le pape ne représente que très gens, en réalité, et que le battage médiatique autour de sa visite était disproportionné. Par ailleurs, si vous voulez vous en tenir aux discours, alors il faudrait également citer celui qu'à tenu à Latran l'actuel locataire de l'Elysée. (J'en profite pour signaler une hilarante définition due à Guy Konopnicki : Sarkozy est le seul chanoine qui répond à son portable en présence du pape.), ainsi que celui que Ratzinger a tenu (le 15/03/90 à Parme) à propos de "l'affaire Galilée" et qui lui a valu l'ire des physiciens de l'université La Sapienza en novembre 2008.Quant à ma métaphore guerrière, il est évident qu'elle se voulait humoristique. À vrai dire, on pourrait surtout me reprocher d'avoir sous-estimé les divisions au sein du camp anti-clérical, les anarchistes ayant semble-t-il décidé d'illustrer la fameuse blague "un anarchiste ça fait un parti, deux anarchistes ça fait une tendance, trois anarchistes ça fait une scission" (marche aussi avec trotskyste et écologiste).