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Les lycéens ont-ils quelque chose à faire dans la rue ?

21 Décembre 2008, 15:26pm

Publié par Fabien Besnard

Voilà un billet qui va me faire passer pour un affreux réactionnaire aux yeux de certains. Je pourrais me défendre en proclamant par avance  telle ou telle affiliation idéologique, mais, d'une part j'ai trop d'orgueil pour cela, et d'autre part l'idée même de procéder ainsi me dégoûte : on ne doit pas se demander "ce qui est de gauche" comme d'autres se demandent "ce qui est bien chrétien", avant de penser, mais s'efforcer de penser juste, d'argumenter selon la raison. Laissons les classifications et les anathèmes à ceux qui en ont le goût.

Voilà donc ce qui me semble juste de dire à propos des manifestations lycéennes. La réforme avortée était inquiétante sur bien des points, les suppressions de postes sont inadmissibles, mais ce ne sont pas à des mineurs de porter ces revendications. Leur place est en cours. Ils ne sont pas encore des citoyens, ils sont en train de le devenir, et la perte d'heures de cours due aux mouvements lycéens, récurrents depuis plusieurs années est inquiétante. J'ajoute que la facilité avec laquelle les lycéens se mobilisent témoigne surtout d'une perte du sens de leur présence en cours, plus que d'une réelle conscience des enjeux. J'enfonce le clou : les enseignants (une minorité) qui défilent avec les lycéens ou les soutiennent sont des irresponsables. J'espère pour eux que rien de grave n'arrivera à l'un de ces jeunes. De plus, ils contreviennent à la neutralité politique qui leur incombe (rien ne les empêche de défiler, mais pas au milieu de leurs élèves !). Enfin, les syndicats lycéens ne représentent... rien. Si je ne m'abuse, seuls les lycéens majeurs ont le droit de se syndiquer (si ce n'est pas le cas c'est totalement anormal), il s'agit donc d'une toute petite minorité, au sein de laquelle seule une minorité encore plus minoritaire se syndique effectivement. Qu'on discute avec leurs représentants, pourquoi pas, mais qu'on en fasse des interlocuteurs privilégiés, à égalité avec les syndicats enseignants ou les associations de parents d'élèves, voilà qui serait singulier. Mais nous touchons là le coeur du problème : le ministre (et ce n'est pas le premier dans ce cas) n'a pas bronché face à la mobilisation des enseignants, mais dès que "les jeunes" sont dans la rue, c'est la débandade en rase campagne. D'où, bien évidemment, la tentation pour certains enseignants de surfer sur cette vague. Mais il ne faut pas s'y résoudre : tous les représentants syndicaux, politiques, de gauche comme de droite, et à vrai dire tous les adultes de ce pays devraient sur ce sujet parler d'une voix et demander aux lycéens de retourner en cours.

Je comprends bien l'excitation de certains à l'idée d'une révolution qui approche. Il y a beaucoup de signes avant-coureurs : la situation sociale est explosive, la jeunesse s'embrase avec une facilité étonnante, sur n'importe quel sujet, et ce depuis une dizaine d'année, le personnel politique n'est, globalement, pas du tout à la hauteur de la situation, et la récession économique s'annonce. Si NS a sommé son ministre de l'éducation de rendre les armes sans condition, c'est bien à cause de tout cela : reconnaissons-lui au moins une certaine capacité à sentir d'où vient le vent (de Grèce ces dernières semaines). Mais une révolution qui ne serait pas précédée d'une réflexion profonde sur l'idéal démocratique et sur les valeurs de notre société, bref, une révolution qui ne serait pas d'abord philosophique, est voué à n'être qu'un déchaînement de violence suivi d'une période de réaction. La vraie réaction.

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Albatros 18/09/2010 07:44



Petit complément : en entreprise, le droit d'être syndiqué est possible dès 15 ans : http://www.moinillon.net/post/2009/11/13/de-3-%C3%A0-30-ans-:-histoire-de-droits


 


Donc oui, des mineurs peuvent se syndiquer, encore heureux, au nom de quoi ne


le pourraient-ils pas ? SI ce n'est par vexation ou humiliation...


 


Pour les syndicats lycéens, ce sont en fait des associations 1901, où l'on peut adhérer sans limite d'âge.


Dans les deux cas, l'accord des parents n'est pas nécessaires.


 


Voilà donc tordu le cou à toutes les idées fausses. Je me suis battu pour cela quand j'étais au lycée, je n'allais pas rester sans réagir sur un fil de ce genre !!


 


Bien à vous.



Albatros 12/09/2010 01:05



Cher Monsieur,


Je vous remercie pour toutes ces remarques. Quelques répliques (en espérant ne pas vous ennuyer) :


- La confusion opinion / argument apparaît aussi dans votre texte ("je trouve cela ridicule et démagogique").


- Les syndicats lycéens sont en fait des associations loi 1901, pas des syndicats sensu stricto, il y a il est vrai une petite confusion de vocabulaire. Le terme syndicat est employé pour marquer
le rôle et revendiquer ce statut, tout comme les syndicats étudiants d'ailleurs.


- Le faible taux d'engagement des lycéens dans les structures où ils pourriaent s'exprimer ne leur est pas particulier. c'est tout le problème du syndicalisme français. Il se trouve qu'à
l'étranger, le taux de syndiqués est plus fort. En Suisse, toute une population de 16-18 ans est capable de tanner ses parents pour leur faire voter "oui" aux referendums sur le droit de
vote à 16 ans (et dans certains cantons c'est gagné). En France ils s'en foutent. C'est donc un problème culturel et non d'âge.


- Je n'ai jamais défendu les piquets de grève et les blocages. Juste celui d'expression et de manifestation ( en dehors des heures de cours), paisiblement, à la suisse. Je n'ai jamais rien bloqué
de ma vie.


- Les lycéens ont droit d'association, de réunion, d'expression, d'affichage. Savez-vous ce qu'est un CVL ? Vous me demandez des textes qui sont fournis chaque année avec le règlement intérieur
!! Pour le reste, vous trouverez, sur toutes ces questions, de nombreux textes faciles d'accès sur le web.


-Il est vrai que la question de la pré-majorité sort de ce débat, mais c'était pour insister sur l'ineptie du seuil brutal à 18 ans. (Cela n'a rien d'une interprétation personnelle, il
y a des exemples étrangers et des projets français laissés lettre morte).


- Pour le reste, je n'ai pas tout dit, mais je suis un collègue. Avec un parcours universitaire qui ressemble au vôtre, mais dans une autre discipline. Cela vous horrifie ? J'ai donc l'honneur de
fréquenter ces jeunes gens et de ne pas voir les choses avec la même subjectivité que vous. SI j'ai parlé de mon cas personnel, c'était pour insister sur le caractère constructif et positif de ce
genre d'engagement. Il est à l'origine, en partie, de mes réussites en donnant un sens fort à mes études, me permettant de mes les approprier et non de les subir en sous-citoyen. C'est pour
cela que j'étais fort peiné de lire vos propos venant de quelqu'un de brillant ayant fait de la recherche et passé des concours.


- Je ne manifeste jamais avec les élèves, j'ai une éthique, en revanche je les informe sur leurs droits mais dénonce fermement tout blocage. En plus des cours de SVT, j'ai fait l'ECJS, où
l'on peut aborder ces questions (en 1ère).


- Les liens FIDEL-PS ne m'ont jamais échappé, je n'y ai pas adhéré à la FIDEL mais à des associations travaillant sur les droits des lycéens. Elles réunissaient le soir élèves et professeurs ;
c'est là aussi que j'ai compris, à 16 ans, que Meirieu et Dubet étaient pervers dans leurs approches ! Eh oui, je ne suis pas pédagogiste, ce qui va vous étonner. Mon approche est plus civique
que pédagogique... et je suis au SNALC. La discipline dont je suis expert sort de la démocratie lycéenne, de même qu'un médecin ne pratique pas la démocratie avec ses patients. Descendu de mon
estrade, mon approche des élèves est celle que j'expose ici.


- Pour ces études concernant le cerveau, je les connais bien, je suis l'actualité scientifique tout comme vous. Vous oubliez de mentionner le fait essentiel, à savoir que le cerveau évolue par
élagage, donc par régression et élimination de structures ! Peut-être pour structurer et éliminer des potentialités inutilisées. Est-ce une forme de mutilation ?? Et reste à savoir ce que l'on
appelle maturité. La maturation biologique ne peut être reliée, comme vous le faites, à la maturité sociale ! J'ai probablement quelques erreurs de logique, mais là, vous aussi.


Ce que je peux dire, d'expérience toute personnelle, c'est que mon émotivité a évolué depuis cette époque. Et je redeviens à fleur de peau quand je parle de ces sujets qui font remonter des
souvenirs forts. D'où des excès que je reconnais volontiers dans mes propos.


Si vous le souhaitez, je m'identifierai en privé près de vous.


Bien à vous.



Fabien Besnard 11/09/2010 22:19



Bien, je préfère quand vous cessez de m'insulter.


Je vais donc vous répondre (une dernière fois car j'ai d'autres chats à fouetter), bien que vous me fournissiez pas des arguments mais des opinions (la difficulté à distinguer ces deux
concepts est une caractéristique de notre époque).


D'abord vous faites un festival de "strawman". Si vous relisez bien mon texte, vous verrez que je n'affirme pas que les lycéens mineurs n'ont pas le droit se syndiquer ("si je ne m'abuse") et
qu'il s'agit d'un point secondaire de mon argumentation. Vous m'affirmez qu'ils y ont droit (sans citer précisément de texte du droit français), je veux bien vous croire, mais si vous voulez le
fond de ma pensée je trouve ça ridicule et démagogique.


La meilleure preuve c'est que... ils ne se syndiquent pas ! Le nombre de lycéens encartés est dérisoire. La quasi-totalité de ceux que j'ai vu faire le piquet de grève devant les établissements
que j'ai eu l'honneur de fréquenter, le faisaient pour des raisons très éloignées de la politique.


Vous dites qu'à l'approche de la majorité il devrait y avoir une semi-majorité : là vous êtes complétement incohérent. Parce que de deux choses l'une : soit le droit syndical pour les lycéens
mineurs existe effectivement, et je ne vois pas en quoi ce statut hybride aujouterait quoi que ce soit à la discussion qui nous occupe, soit il n'existe pas et vous permettrez de juger de la
situation à partir du droit positif et pas de votre interprétation personnelle du droit naturel.


Enfin, vous dites "pas de nourrissons etc. une certaine maturité". Tout le débat est là, précisément, et nulle part ailleurs : quel est le degré de maturité d'un lycéen de 16-17 ans (certains
sont d'ailleurs encore au collège à cet âge) ? Figurez-vous que j'ai fréquenté d'assez près un certain nombre de jeunes de cet âge (300 à 400), et d'autres plus âgés (près d'un millier de jeunes
adultes de 18 à 20). Il me semble donc être relativement bien placé pour juger de leur niveau de maturité à partir d'autre chose que mon cas personnel. Et bien figurez-vous que la maturité me
semble venir plutôt entre 20 et 22 ans, avec bien sûr des cas particuliers. Ces derniers cas sont d'ailleurs assez rares : un élève de 18 ans qui est mûr (je devrais dire une élève car
il s'agit plus souvent de filles) fait figure d'exception. Cela frappe d'ailleurs tous les collègues. Mieux : à cette période de la vie, il est difficile d'estimer l'âge d'un élève à son
apparence physique : entre 18 et 21 ans ça ne fait guère de différence. Or, lorsqu'un ou une élève m'apparaît particulièrement mûr(e), je découvre presque immanquablement qu'il ou elle a un,
deux, voire trois ans de plus que la moyenne (les parcours dans les premières années du supérieures sont souvent compliqués).


Ces observations, me direz-vous, n'ont pas de caractère scientifique, mais elles ont au moins le mérite de reposer sur une certaine expérience, alors que vos affirmations m'apparaissent comme
étant des généralisation hâtives à partir de votre propre cas (si je peux me permettre une pique : si vous n'aviez pas compris les liens entre la FIDL et le PS c'est que vous ne deviez pas être
si mûr que cela...).


Mais de plus, mes observations recoupent de nombreux autres éléments : le lycéen vit dans un environnement bien douillet, et l'âge des premières expériences un peu mordantes commence souvent vers
18-19 ans (pour d'autres, qui ne vont pas au lycée, ils commencent bien avant et sont beaucoup plus mûrs, mais il faut bien faire une moyenne, et de toute façon c'est bien des lycéens que je
parlais, je reste donc focalisé sur leur cas). L'âge de l'indépendance financière est encore plus tardif, je ne parle même pas de l'âge où l'on commence à se reproduire. Tout cela rend
parfaitement compréhensible le phénomène de prolongation de l'adolescence, qu'il suffit d'ailleurs d'ouvrir les yeux pour voir.


Enfin, si vous tapez "brain maturity adolescent" dans google scholar, vous découvrirez, peut-être avec horreur, que les recherches scientifiques les plus récentes abondent dans le sens que je
décris, certains auteurs allant jusqu'à dire que le cerveau n'est pas pleinement mature avant 25 ans !


Tout ceci ne plaide pas franchement pour un abaissement de l'âge de la majorité, et des droits et responsabilités qui vont avec, mais plutôt pour son relèvement ! Relèvement que je ne réclame pas
: vous voyez que je suis moderne !



Albatros 11/09/2010 18:14



Un peu facile de balayer l'ensemble des arguments que contiennent mes deux messages.


Je réitère donc :


- nous n'avons pas affaire à des nourrissons mais à des personnes humaines ayant déjà une certaine maturité.


 


- Que le moindre de leur droit est de pouvoir s'exprimer sur leurs études et de faire valoir leurs aspirations.


 


- Que des textes leur offrent explicitement le droit de s'associer et de se faire représenter


 


- Qu'enfin, étant à l'approche de la majorité, ils devraient bénéficier d'une pré-majorité, statut intermédiaire, comme cela se fait dans de nombreux pays... et c'était aussi une promesse non
tenue de M. Sarkozy.


Je ne vois guère d'hystérie dans tout cela mais bien des arguments clairs et logiques.


Bien à vous. 



Fabien Besnard 11/09/2010 16:17



Allez donc passer votre crise d'hystérie ailleurs et revenez avec des arguments.