Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nouveaux programmes de seconde en mathématiques (2)

22 Mai 2009, 13:06pm

Publié par Fabien Besnard

Il semblerait que, devant le tollé général, les vecteurs réintègrent le projet de programme. Mais peut-être n'a-t-on pas assez insisté sur un autre outrage fait à la géométrie, mère de toutes les sciences : la disparition des cas d'isométrie et de similitude de triangles. Privés de ces outils puissants, intuitifs et beaux, les futurs élèves n'auront vraiment rien à se mettre sous le cortex en seconde. Finis les exos totalement inutiles mais tellement beaux, et tellement formateurs pour l'esprit, comme la démonstration du très étonnant théorème de Morley par la méthode des triangles semblables, due à John Conway. Désormais pour démontrer ce théorème, on devra passer par une hideuse méthode trigonométrique, ou attendre la Terminale S, spécialité maths, pour avoir accès à la méthode d'Alain Connes par les nombres complexes.

Mais il y a pire que la suppression de telle ou telle partie du programme. On pourrait se consoler de la disparition des triangles isométriques en considérant les quelques ajouts : probabilité, algorithmique, graphes... Mais justement, il ne faut pas ! C'est bien la philosophie générale de cette réforme, et avec elle de la réforme du lycée, ajournée mais point supprimée, qu'il faut combattre. Cette philosophie, c'est celle de l'éparpillement. Les mathématiques discrètes sont certes très intéressantes, accessibles, et conduisent à de nombreuses applications, mais on pourrait en dire autant de bien des domaines. S'agit-il de tout enseigner au lycée ? Ce serait se condamner à rester à la surface des choses, à ne jamais rien approfondir. Or c'est à partir de connaissances suffisamment solides en analyse, en algèbre élémentaire et en géométrie, que l'on peut construire une vraie culture mathématique. Sinon, on confond le rôle de l'enseignement et celui de la vulgarisation scientifique. Cela pose aussi le problème de la compétence des enseignants. Comment pourraient-ils transmettre des connaissances qu'ils n'ont pas, faute d'avoir été formés ? La formation continue ne peut pas se substituer non plus pour eux au travail d'approfondissement que constitue la préparation des concours. À moins qu'on ne veuille transformer les enseignants en simples animateurs, et que l'étape suivante des "réformes" soit la suppression des concours et leur remplacement par le BAFA ?

Commenter cet article

holz 25/08/2009 10:56

Je suis physicien mais le math me seduit toujours, merci pour li'info

Benjamin Bradu 27/05/2009 23:33

Le problème dans ces histoires de réformes de l'éducation, c'est que ce ne sont pas responsables qui seront punis un jour, mais les élèves...

Fabien 25/05/2009 11:19

Ton exemple est très bien choisi Mathoman. En fait je n'avais même pas réalisé l'affreuse vérité : les nombres premiers ont également disparu du programme !!!Je viens de jeter un oeil aux programmes du collège (d'une nullité affligeante), et la seule allusion aux nombres premiers se trouve dans le programme de 3e, où il est écrit que cette notion est introduite sans développement particulier (on se demande à quoi ça sert de poser une définition si on ne s'en sert pas !), et que la décomposition en produit de facteurs premiers est remise à plus tard (seconde)... alors que justement ça vient de disparaître ! Un pan entier de la culture mathématique est passé par-dessus bord. Il faudra bien qu'un jour on punisse tous ces irresponsables qui sont aux responsabilités !

MathOMan 24/05/2009 18:21

Finis les exos totalement inutiles mais tellement beaux.Oui, tu résumes précisément le point essentiel. Réduire les maths à l'utile, ça serait aller contre le sens de cette science qui a toujours été "curiousity driven" (évidemment l'inspiration peut venir d'une idée concrète).L'absence de la factorisation en nombres premiers dans le programme du collège et la présence de l'algorithme d'Euclid en est un bel exemple de la direction où on va depuis quelques années.  Personne ne doute que l'algorithme d'Euclid est la méthode plus efficace pour calculer concrètement le PGCD de deux grands nombres. Mais quelle est sa valeur pédagogique ?  Et quel élève va vraiment devoir calculer ce PGCD plus tard dans sa vie ?