Dimanche 4 mars 2007
Je me suis toujours demandé par quel mystère l'intelligentsia de gauche française avait pu être autant influencée par la pensée de Nietzsche. J'ai toujours tenu Nietzsche pour un fossoyeur de la philosophie. L'anéantissement de la rationalité, l'exaltation de l'instinct, de la force, de l'intuition, tout cela me paraît anti-philosophique. Mais après tout je ne suis pas philosophe, et sûrement pourra-t-on me contester ce point. Mais s'il y a quelque chose de clair dans les écrits de Nietzsche, qui ne le sont pas toujours, c'est bien que ce philosophe (puisqu'il faut l'appeler ainsi) se situait politiquement quelque part entre l'anarchisme de droite et le proto-nazisme. Lorsque j'énonce ce fait d'évidence devant certaines personnes qui savent ce qu'il est de bon ton de penser, je provoque d'ordinaire des réactions outragées. Aussi ai-je lu avec une jubilation certaine l'ouvrage d'Aymeric Monville "Misère du Nietzschéisme de gauche, de Georges Bataille à Michel Onfray". Monville appuie là où ça fait mal, avec des citations sans ambiguïté. J'aurais aimé avoir la patience (et le talent) d'écrire un tel ouvrage. Morceaux choisis : "Les races épurées sont toujours devenues plus fortes et plus belles. Les Grecs nous présentent le modèle d'une race et d'une culture ainsi épurée. Il faut espérer que la création d'une race et d'une culture européennes pures réussira également un jour" (Aurore) ", "[En Europe], la race soumise a fini par y reprendre la prépondérance, avec sa couleur, la forme raccourcie du crâne, peut-être même les instincts intellectuels et sociaux, -qui nous garantit que la démocratie moderne, l'anarchisme encore plus moderne et surtout cette prédilection pour la Commune, la forme sociale la plus primitive, que partagent aujourd'hui tous les socialistes d'Europe, ne sont pas dans l'essence, un monstrueux effet d'atavisme -et que la race des conquérants et des maîtres , celles des aryens, n'est pas en train de succomber, même physiologiquement ?" (La généalogie de la morale) "Périssent les faibles et les ratés : premier principe de notre amour des hommes. Et qu'on les aide encore à disparaître !" (L'antéchrist) et pour finir "Que chacun ait droit d'apprendre à lire, cela gâte à la longue non seulement l'écriture mais la pensée elle-même" (Ainsi parlait Zarathoustra). Comme dit Monville, "il faut tout de même un fieffé don de contorsionniste pour nier quelque généalogie fasciste à l'auteur de ces propos".
Monville réalise également un instructif florilège des bêtises que les promoteurs d'un Nietzschéisme de gauche ont pu proférer en défense de leur maître à penser. Ainsi, pour Derrida : "Tous les énoncés, avant et après, à gauche et à droite, sont à la fois possibles (Nietzsche a tout dit, à peu près) et nécessairement contradictoires (il a dit les choses les plus incompatibles entre elles, et il a dit qu'il les disait. Outre le fait qu'on peut se demander l'intérêt d'une pensée auto-contradictoire, on nage en plein obscurantisme, comme le souligne Monville. Que des obscurantistes pires que médiévaux passent pour des hommes éclairés, voilà le vrai paradoxe du monde (post)-moderne... Je finis par Michel Onfray : "Nietzsche en auxiliaire du national-socialisme, voilà leur thèse; mais fort étrangement c'est aussi celle d'Adolf Hitler..." (M. Onfray, la sagesse tragique p. 20). Ben... oui. On s'étonne de lire des arguments de ce genre sous la plume d'un "philosophe". C'est en quelque sorte le comble du "qui parle et dans quel but ?" inauguré par Nietzsche dans sa généalogie de la morale : inutile d'argumenter rationnellement il suffit de dénoncer le locuteur et ses éventuelles arrière-pensées. En l'occurrence la méthode se retourne contre elle-même puisque si on peut faire confiance à Hitler pour quelque chose, c'est bien pour reconnaître un autre nazi...
Mon seul regret avec le livre de Monville, c'est la perspective trop strictement marxiste de son analyse des implications politiques du Nietzschéisme de gauche. Celui-ci sape les bases de la démocratie et en particulier de son incarnation Républicaine aussi sûrement que celles du marxisme.
Je vous recommande tout particulièrement ce petit livre, et j'espère que son auteur va s'attaquer maintenant à l'influence de Heidegger sur la gauche. J'espère enfin que le naufrage intellectuel de la gauche (devrais-je dire de la gauche intellectuelle ?) qui s'est progressivement détachée de l'esprit des Lumières, va maintenant faire place à une renaissance, sans laquelle aucune victoire électorale n'aurait de sens (si elle est seulement souhaitable dans ces conditions).
par Fabien Besnard publié dans : Politique
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Commentaires

Je suis moi même un passionné de Physique et de Mathématique, je vois en vous un quasi-frère dans ce monde perdu, mais néanmoins, je vous recommande de faire attention:
Nietzsche n'était pas raciste et les extraits de la Généalogie de la Morale ne sont pas à caractère raciste: A cette époque, le mot race n'était pas encore imbibé du politiquement correct actuel. Cela voulait tout simplement dire culture.
commentaire n° : 1 posté par : Zegota le: 17/06/2007 03:13:34
De plus, Nietzsche ne pense pas ce qu'il dit comme Monville veut le faire croire, la citation est hors-contexte: En effet c'est une analyse purement philologique, ce n'est pas une pensée, il fait une analyse du monde actuel.
Fais gaffe à ce que tu lis, ou au moins, quand tu le lis, essaie toujours de vérifier point par point.

Extrait en entier:
En ce qui concerne notre problème qui peut être appelé, à bon droit, un problème intime et qui, de propos délibéré, ne s’adresse qu’à l’oreille du petit nombre, il est du plus haut intérêt d’établir que, fréquemment encore, à travers les mots et les racines qui signifient « bon », transparaît la nuance principale grâce à laquelle les « nobles » se sentaient hommes d’un rang supérieur. Il est vrai que peut-être dans la plupart des cas, ils tirent simplement leur nom de la supériorité de leur puissance (soit « les puissants », les maîtres », « les chefs »), ou des signes extérieurs de cette supériorité, par exemple « les riches », « les possesseurs » (tel est le sens de arya, sens qui se retrouve dans le groupe iranien et slave). Pourtant, parfois un trait typique du caractère détermine l’appellation, et c’est le cas qui nous intéresse ici. Ils se nomment par exemple « les véridiques » : et c’est en premier lieu la noblesse grecque qui se désigne ainsi par la bouche du poète mégarien Théogonis. Le mot ἐσθλός, formé à cet usage, signifie d’après sa racine quelqu’un qui est, qui a de la réalité, qui est réel, qui est vrai ; puis, par une modification subjective, le vrai devient le véridique : à cette phase de la transformation de l’idée nous voyons le terme qui l’exprime devenir le mot d’ordre et le signe de ralliement de la noblesse, prendre absolument le sens de « noble », par opposition à l’homme « menteur » du commun, tel que Théogonis le conçoit et le dépeint, — jusqu’à ce qu’enfin, après le déclin de la noblesse, le mot ne désigne plus que la noblesse d’âme et prenne, en même temps, le sens de quelque chose de mûri et d’adouci. Le mot de κακός comme celui de δειλός (qui désigne le plébéien par opposition à l’άγαθός) souligne la lâcheté : voilà qui indiquera peut-être dans quelle direction il faut chercher l’étymologie du mot άγαθός, qu’on peut interpréter de plusieurs manières. Le latin malus (que je mets en regard de μέλας, noir) pourrait avoir désigné l’homme du commun d’après sa couleur foncée, et surtout d’après ses cheveux noirs (hic niger est), l’autochtone préaryen du sol italique se distinguant le plus clairement par sa couleur sombre de la race dominante, de la race des conquérants aryens aux cheveux blonds. Du moins le gaélique m’a fourni une indication absolument similaire : — c’est le mot fin (par exemple dans Fin-Gal), le terme distinctif de la noblesse, en dernière analyse le bon, le noble, le pur, signifiait à l’origine : la tête blonde, en opposition à l’autochtone foncé aux cheveux noirs. Les Celtes, soit dit en passant, étaient une race absolument blonde ; quant à ces zones de populations aux cheveux essentiellement foncés que l’on remarque sur les cartes ethnographiques de l’Allemagne faites avec quelque soin, on a tort de les attribuer à une origine celtique et à un mélange de sang celte, comme fait encore Virchow : c’est plutôt la population préaryenne de l’Allemagne qui perce dans ces régions. (La même observation s’applique à presque toute l’Europe : en fait, la race soumise a fini par y reprendre la prépondérance, avec sa couleur, la forme raccourcie du crâne et peut-être même les instincts intellectuels et sociaux : — qui nous garantit que la démocratie moderne, l’anarchisme encore plus moderne et surtout cette tendance à la Commune, à la forme sociale la plus primitive, chère aujourd’hui à tous les socialistes d’Europe, ne soient pas, dans l’essence, un monstrueux effet d’ atavisme — et que la race des conquérants et des maîtres, celle des aryens, ne soit pas en train de succomber même physiologiquement ? ...) Je crois pouvoir interpréter le latin bonus par « le guerrier » : en supposant qu’avec raison je ramène bonus à sa forme plus ancienne de duonus (comparez : bellum = duellum = duen-lum, où ce duonus me paraît être conservé). D’après cela, le bonus serait l’homme du duel, de la dispute (duo), le guerrier : on voit donc ce qui constituait la « bonté » d’un homme de la Rome antique. Notre mot allemand gut (bon) lui-même ne devait-il pas signifier der Göttliche (le divin), l’homme d’extraction divine ? Et ne serait-il pas synonyme de Goth, le nom d’un peuple, mais primitivement d’une noblesse seulement ? Les raisons en faveur de cette hypothèse ne peuvent être exposées ici. —
commentaire n° : 2 posté par : Ankuetas le: 17/06/2007 16:30:37

Zegota, mon bien cher frère (c'est trop d'honneur ! mais je suis touché...), vous dites que race voulait dire culture : que faire de la citation dans laquelle les deux mots coexistent ? Par ailleurs, la culture n'ayant rien à voir avec la forme du crâne ou la couleur, ce que vous dites ne tient pas.


Ankuetas : merci de cette citation complète qui ne change strictement rien au sens de la partie extraite.


Il existe décidément un fort préjugé favorable à Nietzsche que même l'évidence des faits ne parvient pas à dissiper... Il serait pourtant temps de reconnaître en lui le précurseur d'une philosophie ou le sentiment et le style l'emporte sur l'argumentation rationnelle, et dont nous n'avons pas fini de déplorer les ravages...

commentaire n° : 3 posté par : Fabien Besnard (site web) le: 17/06/2007 17:39:35

(j'ai aussi écrit avec le pseudo d'Ankuetas)


Au 19ième siècle, il faut bien dire ce que signifie le mot race.


C'était une banalisation d'un concept qui encadrait la culture et les traits caractéristiques d'une civilisation. Ainsi, vous verrez de grands démocrates uttiliser le mot race, et actuellement encore (si il vous arrive de tomber dans des séries tv...la bonne partie est nulle, mais j'en aime quelques unes) on peut entendre le mot race dans ce sens uniquement.


Pour la citation en entier: Vous ne comprenez pas?

commentaire n° : 4 posté par : Zegota le: 01/07/2007 05:22:37

Et vous savez, Nietzsche n'était pas tout blanc, mais je ne crois pas qu'il est bon de se lamenter sur la paternité de tel penseur que ce soit à une idéologie mortifère dont l'humanité a subi les conséquences au vingtième siècle. En effet, beaucoup d'intellectuels étaient racistes: Prenez Voltaire, par exemple. Ou Taine, ou Palante, ou Schopenhauer, ou Kant, ou Hegel...Est-ce à rejeter toute leur pensée? Non.


Méditez sur ceci: Il faut se débarrasser de l'humain pleurnicheur.


"-Je veux penser l'évènement au lieu d'en pleurnicher, suis-je dangereux?


-Oui!


-Tant pis, je continue"


(Marc-Edouard Nabe)


;)

commentaire n° : 5 posté par : Zegota le: 01/07/2007 05:27:22

Voltaire, Kant, ... Taine (sic). On peut difficilement les mettre sur le même plan ! Que le défenseur de Calas ait eu de graves faiblesses, soit. Mais si on peut trouver en effet des pages antisémites chez Voltaire, cela est plutôt du registre de l'anomalie. Au contraire, la citation de Nietzsche est en cohérence avec sa pensée générale. La meilleure preuve est que personne ne s'est jamais réclamé de Voltaire pour massacrer des juifs...


Lamentation : je déplore surtout le manque de discernement des "philosophes" contemporains français béats d'admiration devant Nietzsche ou Heidegger.

commentaire n° : 6 posté par : Fabien Besnard (site web) le: 01/07/2007 12:43:11
C'est la ou vous vous trompez mon cher: Des travaux très sérieux ont démontré l'apport conséquent des Lumières (et de son plus grand représentant français, Voltaire) à l'essor de l'antisémitisme nazi.

De plus, vous vous fondez sur une erreur de pensée grave: Vous donnez un dynamisme temporel à la pensée de Nietzsche en l'étudiant par apport au point de vu nazi, ce qui est une sorte d'anachronisme, quand normalement il faut isoler temporellement (dans le temps ou le penseur vivait) la pensée d'un intellectuel pour pouvoir la comprendre.

Je ne dis pas que Nietzsche n'ait dit des conneries, je dis que si on dit ça, on les analysent tous et on y sera encore dans 1000 ans. Il faut savoir analyser sereinement et non pleurer sereinement.
commentaire n° : 7 posté par : Zegota le: 03/07/2007 15:08:02
Lumières et nazisme : là ça devient n'importe quoi... Merci de citer précisément ces travaux "sérieux".
Anachronisme : cet argument marche avec Nietzsche et pas avec Voltaire ? Vous ne vous souciez pas beaucoup de cohérence logique à ce que je vois.
commentaire n° : 8 posté par : Fabien (site web) le: 04/07/2007 11:07:05
J'ai dit qu'ils ont eu un apport conséquent. Monville lui ramène directement le fascisme au temps de Nietzsche.

Tenez ce lien, et faites moi part de votre avis quand vous l'aurez lu:

http://www.contreculture.org/AG%20Voltaire.html

Au fait, vous savez, j'écris (plus maintenant - période de désert - mais ça va recommencer bientot) des articles de vulgarisation dans deux petits sitounets (et j'espère d'autres! vive la Volonté de Puissance!), si vous voulez, vous pouvez participer, nous parlerons plus longuement ;)
commentaire n° : 9 posté par : Zegota le: 04/07/2007 21:21:54
"Lorsque j\\\'énonce ce fait d\\\'évidence devant certaines personnes qui savent ce qu\\\'il est de bon ton de penser, je provoque d\\\'ordinaire des réactions outragées." dites-vous. Effectivement, tout est dit dans cette défense dogmatique qui avertit vos contradicteurs de la surdité de celui qui écrit. Faible et fort chez Nietsche n\\\'a rien à voir avec le sens que vous lui donnez. Race est un concept qui n\\\'a non plus aucun rapport avec celui qui sera donné plus tard par les nazis. De plus, Nietzsche a prouvé en acte et en écrit qu\\\'il avait une profonde répulsion contre les antisémites de son temps, une profonde répulsion contre tout nationalisme qu\\\'il assimile déjà à une sorte de barbarie, et une profonde répulsion contre la politique de puissance de l\\\'Allemagne... Je suis désolé mais vous trouverez des centaines de citations de Nietzsche qui à cet égard son extrêmement clair et précise. De plus, ce qui importe est le fond de la pensée de Nietzsche, notamment sur ces concepts fondamentaux ,et là il est clair que le nazisme comme l\\\'anarchisme de droite semble être une incongruité. Quant à savoir si Nietzsche était de droite ou de gauche, ça n\\\'a strictement aucun sens que ce soit aussi bien pour la droite que pour la gauche. Il se trouve que la pensée de Nietzsche a été déformée par sa jeune soeur abusive qui a voulu se faire mousser sur le dos de son frère en nazifiant une pensée qui prévoyait déjà la catastrophe du XXè siécle. Tant de contresens, en fait d\\\'outrage, laisse plutôt rêveur.
commentaire n° : 10 posté par : Joë le: 13/09/2007 00:02:07
C'est l'éternel problème du malentendu. De la même façon que Papon était un grand résistant contrarié, et Le Pen un comique breton amateur de bons mots, Nietzsche est un philosophe que personne ne comprend à l'exception de ses adminateurs inconditionnels. 
commentaire n° : 11 posté par : Fabien Besnard le: 13/09/2007 13:24:19
Hélas, j'aimerai vous faire plaisir, mais je suis au regret de vous annoncer que je ne suis pas du tout un admirateur inconditionnel de Nietzsche. Il en est souvent ainsi dans la vie, on voudrait que les choses ou les êtres soient comme on les pense, mais bien plus souvent il faut accepter de faire un effort pour comprendre comment elles sont vraiment. En vous lisant, il me semble, M. Bernard, que beaucoup de choses semblent vous échapper et pas seulement la philosophie de Nietzsche. Bousquet comme Le Pen ne sont pas ma tasse de thé, et pour le dire plus clairement sont ce que j'exécre le plus. Il ne semblent pas que ce point de vue ait été partagé par de nombreux hommes de gauche que ce soit Mitterrand, Gaston Deferre et aussi bien entendu par des hommes de droite. Ces deux hommes sont d'ailleurs en un sens nietzschéens des hommes du ressentiment et par définition toujours en un sens nietzschéens des faibles.  Le problème n'est pas celui de l'éternel malentendu mais de faire de ses préjugés l'étalon valeur de toute chose. A une époque ou l'antisémitisme était aussi répandu que la syphilis, Nietzsche a retiré l'édition de son Zarathoustra parce que son éditeur était antisémite.  De même, Nietzsche a rompu avec sa soeur parce que son beau-frère était un militant antisémite. Nietzsche n'est pas raciste, n'est pas antisémite, n'est pas nationaliste, Nietzsche exècre la politique Allemande de puissance, il se moque du Uber alles allemand. L'oeuvre de Nietzsche a été récupérée, manipulée et falsifiée par sa soeur qui était sympathisante nazi et admiratrice d'Hitler.  « Il n'est vraiment pas en Allemagne de clique plus effrontée et plus stupide que ces antisémites. Cette racaille ose avoir dans la bouche le nom Zarathoustra. Dégoût ! Dégoût ! Dégoût ! » ou bien encore « Ne fréquentez personne qui soit impliqué dans cette fumisterie effrontée des races ! » ATTENTION -  je ne veux pas dire par là que Nietzsche est un enfant de choeur, je ne veux pas non plus dire que son vocabulaire ne prête effectivement pas à confusion, je ne veux pas dire que Nietzsche soit un démocrate,... mais ce n'est pas la vérité d'affirmer que Nietzsche est tout ce dont ici on l'accuse...

Je citerai ici 2 passages de Nietzsche :

« Croyez-moi : cette invasion répugnante de dilettantes rébarbatifs qui prétendent avoir leur mot à dire sur la "valeur" des hommes et des races, cette soumission à des "autorités" que toutes les personnes sensées condamnent d'un froid mépris ("autorités" comme Eugen Dühring, Richard Wagner, Ebrard, Wahrmund, Paul de Lagarde - lequel d'entre eux est le moins autorisé et le plus injuste dans les questions de morale et d'histoire ?), ces continuelles et absurdes falsifications et distorsions de concepts aussi vagues que "germanique", "sémitique", "aryen", "chrétien", "allemand" - tout ceci pourrait finir par me mettre vraiment en colère et me faire perdre la bonhomie ironique, avec laquelle j'ai assisté jusqu'à présent aux velléités virtuoses et aux pharisaïsmes des Allemands d'aujourd'hui. - Et, pour conclure, que croyez-vous que je puisse éprouver quand des antisémites se permettent de prononcer le nom de Zarathoustra ?» Lettre à Théodor Fritsch, le 29 mars 1887.

« Non, nous n'aimons pas l'humanité ; mais, d'autre part, nous sommes bien loin d'être assez "allemands" au sens où le mot "deutsch" a cours aujourd'hui, pour nous faire les porte-parole du nationalisme et de la haine raciale, pour nous réjouir de l'infection nationaliste grâce à laquelle à présent les peuples en Europe se barricadent l'un contre l'autre et se mettent réciproquement en quarantaine. (...) Nous autres sans-patrie, nous sommes quant à la race et quant à l'origine, trop nuancés et trop mélangés, en tant que "hommes modernes", et par conséquent trop peu tentés de prendre part à cette débauche et à ce mensonge de l'auto-idolâtrie raciale qui aujourd'hui s'exhibe en Allemagne en tant que signe distinctif des vertus allemandes et qui chez le peuple du "sens historien" donne doublement l'impression de la fausseté et de l'inconvenance. Nous sommes, en un mot, - et ce sera ici notre parole d'honneur! - de bons Européens, les héritiers de l'Europe, héritiers riches et comblés, mais héritiers aussi infiniment redevables de plusieurs millénaires d'esprit européen. »  Gai Savoir.
commentaire n° : 12 posté par : Joë Ferami le: 13/09/2007 16:39:17

Mitterrand, Deferre... Vous digressez Monsieur Joel Ferari... Epargnez donc votre salive virtuelle et vos citations : je vous renvoie à la phrase de Derrida et à la réponse de Monville. Le problème c'est le sens général, si tant est qu'il y en ait un, de la philosophie Nietzschéenne. Bien sûr que lui n'était pas nazi, et je n'ai jamais dit le contraire. Mais il fut un acteur majeur dans l'essor des "contre-lumières" dont l'aboutissement a quand même été le nazisme. Et le complot de soeurette, c'est un peu gros. Essayez donc de nazifier Spinoza, vous n'y arriverez pas. Essayez de faire passe le chantre du concept de surhomme pour un aimable défenseur des droits humains, vous n'y arriverez pas non plus.


Ceci sera ma dernière remarque sur le sujet. S'il vous plaît d'avoir le mot de la fin, je vous le laisse volontiers.

commentaire n° : 13 posté par : Fabien Besnard le: 13/09/2007 19:09:50
Vos arguments comme votre connaissance du sujet carapaçonnés de vos certitudes en forme de préjugés sont évidemment si frappants qu'il n'y a en effet rien à ajouter de plus. Je comprends tout à fait en ce cas que vous préfériez clore le sujet avec un contradicteur et vous remercie tout de même des quelques éclaicissements que vous avez apporté.
commentaire n° : 14 posté par : Joë le: 13/09/2007 23:30:23
En bataille sans moi, monsieur Joël?^^

Il faut arrêter d\\\'envoyer des remarques blessantes quand même, nous ne sommes pas en train de discuter sur un fil de youtube ou dailymotion, s\\\'il vous plait.

Pour finir avec ceci, j\\\'aurais quelques mots:

Nietzsche détestait en effet les antisémite et autres idiots pour une raison très simple: Sous couvert de la haine contre les juifs et éloge de l\\\'"aryen", ces ordures racistes croyaient être supérieures.
Hors Nietzsche ne connaissait qu\\\'un être supérieur, le "Surhomme", et ces choses de culture ne l\\\'interressaient qu\\\'à moitié: Pour lui une culture est bonne ou "pure" (non pas dans le sens de pureté orignielle, car pour Nietzsche la pureté se créer par un "habile metissage") dans le sens ou elle est proche de faire naître un homme supérieur, un génie, une "dynamite"... Ainsi, pour lui, l\\\'Allemagne n\\\'a plus la force de faire un homme supérieur car elle a fait beaucoup d\\\'erreurs et donc pour Nietzsche, l\\\'Allemagne ne vaut plus rien (et comme pour se détacher d\\\'elle il se dira plus tard polonais ^^)
Rappelez vous que pour lui, le "peuple élu" n\\\'est pas une culture, c\\\'est un ensembles d\\\'êtres isolés qui se sont élus et qui se rejoigneront après :
"Solitaires d\\\'aujourd\\\'hui, vous qui vivez à part, vous formerez un jour un peuple. Vous qui vous êtes élus vous-même, vous formerez un jour un peuple élu - et c\\\'est de ce peuple que sortira le surhomme"

Sa pensée par apport aux cultures s\\\'organise donc ainsi : Culture élevée - Être supérieur - Peuple Supérieur - Surhomme
(bon, c\\\'est osé de faire cete simplification, mais on fera comme ça, justement pour simplifier ^^)

Pour Nietzsche, il est de bon ton de lutter contre les antisémites car ils se croient supérieur ("aryens") alors qu\\\'ils ne sont que des faibles, des êtres du ressentiment... En effet, à cet époque, beaucoup d\\\'antisémites sont socialistes (Dühring par exemple)...
Et par conséquent risque par leur venin de gacher tout ce plan naturel, presque divin (lol), pour faire émerger le Surhomme
(c\\\'est marrant, Nietzsche à l\\\'époque plaçait beaucoup d\\\'espoirs dans la Russie, mais on voit qu\\\'il s\\\'est lourdement trompé  lol)

Maintenant, quant au fait qu\\\'il soit antisémite ou pas, raciste ou pas, je trouve cette question de très petit acabit, qui revèle - pour reprendre votre expression monsieur Besnard - de l\\\'anomalie. En effet, son plan pour l\\\'émergence du Surhomme dépasse de très loin ces petites choses, à mon sens.

D\\\'ailleurs, pour reparler de ces Monvilles, Lukàcs ou autres Losurdo, il faudrait rappeler que ,selon Nietzsche, ces êtres sont méprisables, car ils agissent par vengance, ce sont des êtres du ressentiment...Ils sont communistes.
D\\\'ailleurs, Monville n\\\'a écrit son livre que par le motif caché (que tout esprit un tant soit peu éclairé, qu\\\'il soit aussi fin que Nietzsche ou pas, remarque facilement) que les livres de Marx sont beaucoups moins lus que ceux de Nietzsche, que le Capital est moins lu que la Généalogie de la Morale, que La Misère de la Philosophie est moins lu qu\\\' Ainsi Parlait Zarathoustra.
(d\\\'ailleurs, à toutes les débilités de Marx, je ne répondrais que par les magnifiques démonstrations d\\\'un Mises ou d\\\'un Hayek)
Franchement, monsieur Besnard, vous, physicien, comme acquiescer à un être aussi misérable que ce Monville...Il ne fait même pas ses simili-pamphlets pour la Philosophie, mais pour la politique, ou l\\\'art d\\\'abrutissement des peuples. Politique qu\\\'il met au dessus de la Philosophie, bien évidemment...

La peste de notre époque n\\\'est pas le nietzschéisme, mais bien le gauchisme, le communisme et autres barbarismes socialistes. Je vous recommanderais de changer vite des lectures d\\\'un Sokal (pourtant physicien! enfin...je ne lui donnerais pas ce titre) de trop redondant ou d\\\'un Monville de trop abrutissant à un Rothbard, un Hayek,  un Mises, à un Bernanos, un Bloy, un Abellio, un Hello, un Constant....Des êtres qui, eux, étaient véritablement révoltés, pas comme ce Monville qui ne se révolte que car son cerveau pourri n\\\'a pu voir un monde qui le dépasse de loin.

Un peu exagéré, mais finalement assez bon,
Zegota
commentaire n° : 15 posté par : Zegota le: 15/09/2007 17:33:14
Pardon, mais il y a des caractères superflus que je n\\\'ai pu éliminer, enlevant un peu de la lisibilité de ma réponse.
commentaire n° : 16 posté par : Zegota le: 15/09/2007 17:34:33
Ah, et (pardon, je n'avais pas lu cette phrase)...la "phrase de Derrida et la réponse de Monville"

Franchement, Derrida, philosophe? Et Monville?

Ce sont deux idiots. La déconstruction, lol...
commentaire n° : 17 posté par : Zegota le: 15/09/2007 18:14:16
"(c\\\'est marrant, Nietzsche à l\\\'époque plaçait beaucoup d\\\'espoirs dans la Russie, mais on voit qu\\\'il s\\\'est lourdement trompé  lol)"

Je parlait de Salomé, mais au vu de la relecture, ça ne veut rien dire, donc ignorez ça lol

Je viens juste revenir car je remarque que le blog n'avance pas beaucoup alors que j'avais dit que c'était une des perles de la toile! Que se passe-t-il?
commentaire n° : 18 posté par : Zegota le: 28/10/2007 23:39:25

Je suis tout simplement très occupé en ce moment !


 

commentaire n° : 19 posté par : Fabien Besnard le: 02/11/2007 17:18:52
Je propose ce lien pour Nietzsche et les juifs.

http://curiositas.free.fr/nietzsche/combats/racisme.htm

Peut-être l'ais-je raté dans les commentaires d'ailleurs...

Nietzsche a dis beaucoup de choses, parfois contradictoires, certes mais en faire un pré-nazi est problématique. En partie car il condamne presque constamment l'idéalisme dont est composé une partie des 'lumières'. A noter qu'il condamne d'ailleurs surtout les lumières allemandes "l'Aufklarung", d'un idéalisme toujours religieux. c'est bien le problème de Kant dont la philosophie se réduit malheureusement à une morale pour la morale, qui va soutenir tout l'édifice bourgeois, technocratique des deux derniers siècles.

Le problème du racisme est en celà complexe. Car Kant est raciste, sans dissimulation, même lorsqu'il reconnaît aux 'nègres' une parenté avec les blancs... Il l'est en fait comme la plupart des hommes de son temps, comme Voltaire par exemple, c'est à dire comme des esprits qui font montre d'un savoir dans la formulation des idées mais dont le fond de celles-ci restent faibles, valorisées essentiellement par le marche pied qu'elles représentent pour la classe dominante montante.

Toute la philosophie des lumières se scinde entre la liberté et l'égalité... Et ce sont les tenants de la liberté, donc de la continuité de l'exploitation, de la hiérarchie sociale qui l'emporte.
Ce qui est beaucoup dire en fait puisqu'ils n'ont pas grand chose à faire que suivre le processus de reproduction sociale, des désirs de richesse cultivé dés l'enfance en la plupart, de l'idée religieuse de croissance infinie des possessions siprituelles et (depuis le protestantisme) matérielles...

Ce que critique Nietzsche c'est avant tout cette construction sociale aux racines lointaines dont il n'a cependant pas plus que Marx les moyens de comprendre son origine.

C'est le débat entre naturaliste et culturaliste qui fait en réalité arrière-plan à cette histoire moderne de la philosophie, ou les naturaliste voit dans la liberté l'expression d'une 'nature humaine', donc d'une logique implacable, d'un ordre immuable de dominant et de dominé, d'une liberté à favoriser contre l'égalité puisque naturelle (que la nature soit divine ou rationnelle, ce qui à cause de Spinoza peut revenir au même..).

Et les philosophes idéalistes valorisent cette nature humaine car elle correspond à l'immédiateté de la perception de soi qui les satisfait d'être ce qu'il sont : les meilleurs. Une philosophie de la liberté bien pauvre donc qui revient à s'ériger en exemple de réussite sociale par son génie sans aucune perception rationnelle de la construction historique et sociale qui préside à tout être humain...

Les culturalistes cependant n'ont pas les outils, qui sont lents à découvrir, à démontrer, à exposer. Un Nietzsche, comme un Marx use de la culture de son temps, de la faiblesse des connaissances de son temps, des raccourcis idéologiques en vigueur. En l'absence des travaux scientifiques, des outils permettant de poser l'histoire comme un changement social lourd et lent comme le verra plus tard Horkheimer, qui ne se soumet pas aux désirs de puissance des intellectuels, quelqu'ils soient, ni même à leurs émules pragmatiques, en cette absence donc, Ils vont avoir recours aux bons vieux outils de l'idéologie, du verbe performatif, de l'imprécation. Et nous sommes, encore au XXème siècle, dans de belles exhibitions verbales, de passion toute scholastique pour des formes, des architectures mentales dirait Panofsky qui aiment à formuler des volutes à la gloire de la pensée (qui a pris le relais de dieu dans le culte de la supériorité humaine sur la création)...



Des enfants qui se battent avec les armes héritées de leurs pères et mères et qui ont bien du mal à s'en créer d'autres, à se défaire des anciennes, voire à dépasser le combat, la guerre, ce prolongement de l'idéologie par d'autres moyens...

Voilà ce que sont les philosophes le plus souvent !

Shaw a raison contre Freud.. Il faut 3 siècles pour faire un être humain véritable, avec un peu de recul, de conscience, ayant assimilé suffisament de détachement pour ne plus jouer aux petits soldats avec des idées et des armes, mais pour dévoiler les possibles à venir, les moins enviables, les plus prometteurs sur un terme un peu long de quelques milliers d'années.. Ce qui fait toujours rire mais en-deça de quoi la raison est infantile...


3 siècles ou le cumul équivalent en perception critique du monde, de la vie sur terre, de son histoire et des grandes lignes de forces assez simples qui font celle, toute petite, de l'être humain.

Le Nietzschéisme de gauche est avant tout un sentiment de refus de ces lumières pour lesquelles la liberté prime, l'illusion de la supériorité idéaliste de l'esprit sur la matière, héritée du phénomène religieux monothéiste. Un refus qui se rend compte de la finitude de la planète, du corps, des ressources. Mais un refus qui ne se réduit pas à un matérialisme manichéen. Un refus qui cherche la voix synthétique du corps et de l'âme, pas d'un paradis perdu primitif mais d'une conscience pleine, individuelle autant que collective, qui comprenne avant tout l'égalité de condition entre être humain et dans des contraintes qui rendent toute liberté relative à l'acceptation de l'égalité de l'autre, in fine, c'est à dire dans le temps long des millénaires...
commentaire n° : 20 posté par : Lotaire le: 06/11/2007 17:28:11
Bonjour Mr Besnard!

Je n'ai mois aussi malheureusement pas le temps de poursuivre le débat sur Nietzsche, je souhaiterais simplement faire un espèce de HS pour vous demander quelque chose, en vérité une simple lecture.

Je suis tombé sur cette critique du livre de Sokal et Bricmont, qui se trouvent dans la continuité du livre de Monville en attaquant les posts-nietzschéens disons, et je me demandais ce que vous poruriez m'en dire, vous pensant indiqué à cette tâche (si vous en avez le temps, bien sûr).

http://www.tribunes.com/tribune/alliage/35-36/01lvy-l.htm#3

Passez tous une bonne journée!

commentaire n° : 21 posté par : Zegota le: 07/04/2008 18:10:18
Bonjour, et merci pour ce lien.
Ce que j'ai à en dire ? Rien. On pourra noyer tous les poissons et jeter tous les écrans de fumée, Sokal et Bricmont ont pris soin de donner des exemples évidents d'usages non pas seulement inadéquats, mais purement frauduleux, de jargon scientifique, dans le seul but d'impressionner le chaland. On parle bien ici d'imposture, pas d"erreur d'interprétation ou de métaphore un peu trop poussée. Lévy-Leblond est donc complètement à côté du sujet. Par ailleurs, attaquer VGE, Michel Rio, Weinberg, Hawking, etc... c'est perdre son temps si on veut répondre à Sokal et Bricmont...
commentaire n° : 22 posté par : Fabien Besnard (site web) le: 08/04/2008 12:42:26
Il y a néanmoins une critique intéressante d'une certaine décadence des milieux scientifiques, tombés dans une sorte de sensationnalisme - propre à fair émerger des théories aussi incongrues que la théorie des cordes, par exemple.
commentaire n° : 23 posté par : Ankuetas le: 30/04/2008 15:22:13
Je ne suis pas sûr que "les milieux scientifiques" soient tombés dans la décadence et le sensationnalisme. Il ne faut pas confondre "les milieux scientifiques" et quelques individus qui ne sont pas toujours parmi les plus compétents. Quant à la théorie des cordes, je ne dirais pas qu'elle est incongrue, et de toute façon on ne juge pas d'une théorie sur son incongruité. La théorie correcte de la gravité quantique, quelle qu'elle soit, nous emmènera tellement loin de notre expérience quotidienne qu'elle nous apparaîtra nécessairement comme incongrue.
commentaire n° : 24 posté par : Fabien Besnard (site web) le: 01/05/2008 10:49:38
Lamentable danse névrotique sur le cadavre du philosophe, danse menée par le ressentiment et l'analyse aux grosses ficelles. Notre époque veut tout liquider. Nietzsche, Heiddeger. Mais c'est elle-même qu'elle va finir par liquider. C'est la Volonté de Volonté qui finit toujours par se retourner contre elle-même. Quand la pulsion de vie se retourne contre la vie elle-même. J'insiste. Déjà, il y a une dizaine d'années était paru ce livre parfaitement ridicule, "Pourquoi nous ne sommes pas Nietzschéens" avec les Comte-Sponville et autre Luc Ferry. Moi je n'ai qu'une seule chose à dire aux sinistres dégarnis du bulbe qui ne savent que pisser sur les tombes : celui qui n'a pas mesuré l'écart gigantesque qu'il y a entre la moustache de Hitler et celle de Nietzsche n'est pas digne d'ouvrir sa gueule à propos des abysses de Zarathoustra, de l'ironie d' "Ecce Homo" ou du soleil d' "Aurore" ou du "Gai savoir"... Ce que souhaitent démontrer les pourfendeurs du philosophe moustachu, c’est que Nietzsche est irrécupérable, totalement. "Totalitairement" ai-je envie d'écrire. Pourtant, celui qui a lu Nietzsche, et qui l'a bien lu, sait que de tous les philosophes, Nietzsche est probablement celui qui, n'épargnant personne, sollicite le moins l’adhésion, l’allégeance, la reconnaissance. Nietzsche est inclassable, intempestif et singulier. Nietzsche dérange encore en 2008, car il rend toute velléité de connivence impossible ou improbable. Je songe à cette phrase de Philippe Sollers qui parlant à un journaliste Cubain entend celui-ci lui dire (je cite de mémoire) : "Nietzsche est considéré comme un penseur fasciste à la Havane." Moralité ? dit Sollers, nous sommes partout à Cuba.
commentaire n° : 25 posté par : Nebo (site web) le: 01/05/2008 16:44:46

Et vous savez faire autre chose que pérorer ? Par exemple donner des arguments ?

commentaire n° : 26 posté par : Fabien (site web) le: 01/05/2008 21:14:39
Une théorie de la gravité quantique? Vous êtes utopiste. C'est justement là la décadence de la physique, dans cette volonté d'essayer de découvrir "l'esprit de Dieu", ou je ne sais quoi. Personnellement, je préfère une science qui avance pas à pas, guidée par l'expérience, une science baconienne donc.

En général on juge une théorie en la confrontant à la réalité. Si elle est incongrue, automatiquement il y a peu de chance qu'elle aie quelque vérité...

Donc, je pense que oui, les milieux scientifiques sont en quelque sorte "infectés" par la nouvelle vision donnée de la science. Cela ne veut pas dire que tout le monde est "pourri", je veux dire qu'il y a une atmosphère générale désagréable selon moi.

Et puis, les pauvres mecs qui tentent de dénoncer cette atmosphère, si ils ne sont pas trop célèbres comme Alain Connes ou Lee Smolin, sont vites écrasés (la célébrité protège Connes et Smolin) : Par exemple Jean-Pierre Petit, bien sûr pas un modèle d'objectivité scientifique, néanmoins un type parfaitement honnête.

-----

Cher Nebo (on se connait un peu), vous pensez réellement que Nietzsche est à ce point honni? Vous savez, Sollers, c'est un des maîtres de la sphère intellectuelle bourgeoise parisienne, vous avez mal fait de le citer, je ne pense pas que ce soit un modèle d'anticonformisme. Onfray, on le voit partout dans les médias, etc... Nietzsche intrigue certainement, mais au fond le système le digère très bien, à savoir qu'il l'intègre et l'accepte, tandis que d'autres penseurs, pas du tout. Blanc de Saint-Bonnet, Louis de Bonald par exemple pour les réactionnaires, Karl Marx, Auguste Comte pour les révolutionnaires (y a-t-il une vraie différence?)... Mais Nietzsche, non, il passe très bien, je suis désolé. Il y a des aspérités, mais tout est bien aplati par Onfray, qui fait de lui un espèce de soixante-huitard avant l'heure.
commentaire n° : 27 posté par : Ankuetas le: 10/05/2008 22:22:49
Ankuetas, vous émettez des jugements de type moral sur les théories scientifiques, c'est absurde, mais surout, c'est vain. La science n'a pas à se conformer à vos préférences. Vous pourriez préférer qu'il y eût 7 planètes plutôt que 8 que le système solaire ne s'en trouverait pas bouleversé. Vous pensez pouvoir qualifier certaines théories scientifiques d'incongrues. Mais demandez-vous d'où vous vient cette notion d'incongruité, faites-en la généalogie : ça ne devrait pas poser de problème à un Nietzschéen.  Vous verrez qu'elle provient de votre expérience quotidienne, or quelle validité votre expérience quotidienne pourrait-elle avoir lorsqu'il s'agit d'électrons, par exemple ? La mécanique quantique a été, et est encore, jugée incongrue par beaucoup de gens, ce qui ne l'a pas empêché d'être validée par l'expérience. Dans un autre domaine, les contemporains de Darwin estimaient parfaitement incongru qu'il eussent pu "descendre" du singe.
Je préfère prévenir toute erreur d'interprétation : il ne suffit pas qu'une théorie soit incongrue pour qu'elle soit juste. Ce n'est tout simplement pas un critère pertinent. Encore une fois, il n'y a que deux critères : la cohérence logique et la validation expérimentale.
commentaire n° : 28 posté par : Fabien Besnard (site web) le: 11/05/2008 10:49:50
Ouh, nietzschéen! Je suis tout sauf ça, et si Nebo vient encore ici, vous allez vite pouvoir le constater.

Je me suis mal exprimé: Par incongru je n'entends pas "fou", j'entends par là, impossible à tester expérimentalement.

Les théories du tout, concrètement, offrent des modèles pour comprendre les singularités, "Big Bang"  et trous noirs, là ou la physique s'effondre. Comment voulez-vous valider une théorie du tout partant de là? Vous arriveriez à entrer dans un trou noir vous?

Les théoriciens du tout me font penser aux milésiens antiques, qui cherchent à comprendre le "principe" à l'origine de tout - et tout le monde connait l'anecdote sur Thalès qui, regardant le ciel, était tombé dans un puit.

[Quant à l'évolutionnisme: Les thèses de Darwin n'ont jamais été très bonnes en soi, il faut arrêter de prendre en référence cet homme, ce serait comme considérer que Le Sage est à l'origine de la théorie de la gravitation]
commentaire n° : 29 posté par : Ankuetas le: 11/05/2008 11:51:07
Nietzschéen : désolé, dont acte. J'ai dû vous confondre, ça vous apprendra à avoir un pseudo !
Trou noir : oui, je rentrerais sans problème dans un trou noir dont l'horizon est assez grand pour que les forces de marées n'y soient pas trop importantes. Par contre je ne pourrais jamais en sortir pour raconter ce que j'y ai vu.
Comprendre la physique au-delà de ses limites actuelles est le moteur même de la recherche, je ne vois pas au nom de quoi il faudrait renoncer. Vous semblez confondre deux choses : qu'il y ait des objets difficiles à observer directement (tout ce qui s'est passé avant la recombinaison des atomes d'hydrogènes dans l'histoire de l'univers, par exemple), impossibles en pratique à observer directement (le centre de la Terre),  impossible en théorie à observer directement (la région à l'intérieur de l'horizon d'un trou noir, un quark isolé), et la non-falsifiabilité en principe d'une théorie. Pour tous les exemples que j'ai cité, on dispose de théories qui prédisent de façon assez précises ce qui se passe dans des endroits que l'on ne peut pas observer. Cela ne veut pas dire que ces prédictions soient non-scientifiques. En effet, les théories en question font des tas d'autres prédictions qui, elles, sont validées expérimentalement. Prenons l'exemple de la RG. Elle prédit un certain nombre d'effets qui ont tous été vérifiés pour l'instant. Ce qui serait incongru, pour reprendre ce mot, c'est que la RG soit valide partout sauf à l'intérieur des trous noirs. Attention, il ne faut pas confondre trou noir et singularité. Un trou noir est censé abriter une singularité, mais il s'agit là d'une limite de la théorie que l'on tente d'utiliser dans une région où le champ est si fort que les effets quantiques ne peuvent plus être négligés. Il s'agit donc d'une utilisation d'une théorie hors de son champ de validité, il n'y a donc pas lieu de s'étonner que le résultat soit incohérent, et c'est une raison plus pour tenter de dépasser cette théorie. Et il n'y a aucune raison de penser qu'une théorie de la gravité quantique ne fasse des prédictions que sur des régions inobservables. Enfin, la non-falsifiabilité c'est tout autre chose : c'est la possibilité pour une théorie de survivre à toute tentative de la mettre en échec, par exemple en disposant d'un si grand nombre de paramètres ajustables qu'il est impossible de tous les déterminer.

Darwin : je préfère ignorer ce que vous dites, pour ne pas ouvrir de sous-discussion interminable, mais sachez que je suis en profond désaccord avec vous sur ce point.
commentaire n° : 30 posté par : Fabien Besnard le: 12/05/2008 15:00:03
Juste un petit mot pour dire qu'il m'est rarement arrivé de lire tel tissu d'âneries à prétention scientifique… et pourtant je m'y connais ! :-D Je suis arrivé sur ce blog par l'entrée "Quentin Meillassoux" et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir ces articles du nouvel obscurantisme, mêlant scientisme, new-age et bonne conscience repue! (D'un certain côté vous avez raison, ne cherchez pas à lire Nietzsche, ni Heidegger, ni Hegel, ni Schelling, vous ne comprendrez jamais… c'est définitivement hors de portée pour vous)…
commentaire n° : 31 posté par : Christian Dubuis Santini (site web) le: 28/06/2008 23:42:26
Moi aussi, enchanté.
commentaire n° : 32 posté par : Fabien Besnard le: 29/06/2008 09:54:37

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