Voici un lien vers une pétition de l'UFAL qui a le mérite de ne pas mélanger, comme le font
certains syndicats, la question des suppressions de postes dans le secondaire et celle des nouveaux programmes du primaire. Ces derniers ne sont certes pas parfaits (voir une analyse ici), mais ils ont le mérite de rompre avec une tendance dont j'analyserai les méfaits dans un prochain billet. Néanmoins,
il est important de souligner les contradictions de la politique du ministre. On ne peut pas réclamer un retour à l'exigence tout en supprimant des heures et des moyens humains. Par ailleurs,
certaines indications sur une possible réforme du Lycée, ainsi que des menaces qui planent sur les concours font craindre le pire pour l'avenir. Pour ma part je n'ai
aucune illusion sur les priorités de l'actuel gouvernement : le ciblage des suppressions de postes sur les quartiers les moins favorisés (Canard enchaîné, 16/04/08, "Des
lycéens plus égaux que les autres") est parfaitement clair. On veut une école publique qui coûte le moins cher possible, et n'importe quel prétexte sera bon pour justifier des
économies. Si le ministre tenait vraiment à sa réforme pédagogique, il se battrait pour préserver les postes afin de montrer sa bonne volonté, et ne prendrait pas de haut les grévistes. Et
puis il préparerait ses interventions télévisées en révisant la règle de trois...
Voici un article du Daily telegraph qui rend compte d'une étude selon laquelle l'influence de l'utilisation des ordinateurs à l'école et à la maison sur les progrès scolaires des enfants est nulle, voire négative ! Le plus intéressant c'est qu'en ré-analysant les données d'une étude PISA de 2000, les chercheurs se sont aperçus que la conclusion était complètement fausse ! Selon l'étude PISA, plus les enfants avaient d'ordinateurs à la maison, plus ils réussissaient à l'école. Or l'équipement en ordinateur est fortement corrélé aux revenus et au niveau social. Une fois éliminée l'influence du niveau de revenu, celle des ordinateurs était réduite à... zéro. Une telle confusion entre corrélation et causalité dans une étude internationale (PISA influence fortement les politiques des pays européens en matière d'éducation) peut sembler étonnante, alors qu'on est en droit d'attendre qu'un lycéen moyen comprenne cette nuance (c'est en effet un objectif du Lycée). Mais le discours pro-ordinateur est agréable à l'oreille des politiques : lancer une grande campagne d'équipement en informatique c'est tellement médiatique et tellement moins coûteux que de recruter des enseignants bien formés... Alors, si vous allez dans ce sens, personne n'ira regarder vos résultats de trop près.
Je signale la mise en ligne d'une pétition pour le rétablissement d'une heure de math en Terminale S, suite à la suppression des TPE (Travaux Personnels Encadrés). Il n'y a guère de chance que cette pétition porte ses fruits (mais il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre...), ni que les non-initiés entendent parler de ce problème, puisque le seul sujet actuellement médiatisé est la remise en question de la carte scolaire, formidable écran de fumée qui permet d'éviter d'aborder les questions de fond.
Voici donc un petit rappel des faits. On assiste depuis des années à ce qui ressemble bien à l'application d'une stratégie, consistant à mettre en place des "innovations pédagogiques" présentées comme mirobolantes (dont la propagande ne manquera pas d'être faite dans les médias) et qui... disparaissent dans les 1 à 3 ans qui suivent. Bien entendu, jamais les professeurs (en particulier de maths et de français) ne revoient la couleur des horaires dégagés en faveur de ces TPE et autres IDD (Itinéraires De Découverte). Ces heures disparues permettent de supprimer des postes et donc de faire des économies, c'est bien là l'essentiel, n'est-ce pas ?
Rendre ces heures serait une première mesure simple à prendre pour un ministre désireux de montrer son soucis d'un enseignement de qualité pour tous les élèves. De plus, ce ne serait que justice. C'est pourquoi je vous invite à signer cette pétition.
Je recommande à tous la lecture de l'article de F. Guichard sur le blog de J.P. Brighelli, sur la distinction entre éducation nationale et instruction publique. Ce qui pourrait passer pour une simple nuance reflète en réalité une opposition entre deux conceptions philosophiques. Cette opposition s'est exprimée en 1792 entre les partisans de Robespierre, largement inspirés par Rousseau, et ceux de Condorcet lors des débats à l'assemblée législative relatifs à l'organisation de l'enseignement public. F. Guichard montre bien comment les deux conceptions s'affrontent toujours aujourd'hui. Un point me semble particulièrement important : "Tout le problème est là. Pour les « militants de l'éducation », les savoirs sont des opinions, et non pas fondés en raison. Voilà pourquoi, selon ces personnes, instruire est une violence faite à l'enfant.". Ici ce n'est pas "la faute à Rousseau", mais plutôt aux philosophies post-modernes et au relativisme cognitif qui ont impregné une bonne partie de l'intelligentsia et des "sciences" de l'éducation.
Pour finir, évitons de tomber dans le manichéisme (comme certains commentateurs du blog de JPB) : Rousseau était un grand philosophe, et l'on peut, avec Condorcet, admirer "Du contrat social" tout en étant en profond désaccord avec ses vues sur l'éducation.
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