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enseignement

Comment faire pour qu'ils n'oublient pas ?

28 Mai 2009, 12:52pm

Publié par Fabien Besnard

Tous les enseignants ont un jour été assaillis par l'accablement en réalisant que leurs élèves avaient complètement oublié ce qu'ils avaient vu les années précédentes, ou pire, le mois dernier. Comment lutter contre ce fléau ? Je propose trois pistes, en espérant que vous saurez, chers lecteurs, en ouvrir d'autres.

Première piste : la répétition. Soumettre des batteries d'exercices du même type jusqu'à ce que ça rentre... C'est une méthode fort décriée dans certaines sphères pédagogistes. Je la crois indispensable, au moins pour les techniques de base. En même temps, son insuffisance me semble criante. Avantages : permet d'acquérir des réflexes qui constitueront un point d'appuis pour aller plus loin, permet de développer sa force de travail. Inconvénients : même les réflexes finissent par s'émousser à long terme, ne favorise pas la compréhension en profondeur.

Deuxième piste : la complexité. Donner des problèmes dont la solution n'est pas du tout évidente, et  qui nécessitent d'employer des techniques variées, mélangeant diverses parties du cours. Il me semble que c'est le complément indispensable de la première piste, permettant de solliciter les réflexes acquis dans des contextes plus sophistiqués. Pour employer une métaphore sportive, la première piste appliquée à l'apprentissage du tennis consisterait à faire 100 coups droits, puis 100 revers. Pour la deuxième on joue une vraie partie. Je crois que cette complexité est ce qui manque le plus cruellement dans l'enseignement actuel.

Troisième piste : l'émotion. Ce qui reste le mieux inscrit dans notre mémoire est toujours ce qui a remué le plus d'émotion. Une grande variété d'émotions peuvent être utilisées dans l'apprentissage. L'émerveillement (devant des beaux résultats), l'enthousiasme (de l'enseignant, s'il est communicatif), le rire (même les blagues les plus stupides permettent de solliciter au bon moment le cerveau droit), voire même la peur (il est démontré qu'un peu de stress est bon pour la mémorisation).

Il y aurait bien une quatrième piste : faire découvrir par l'élève lui-même ce qu'on veut lui transmettre. Mais j'hésite à la citer. En toute honnêteté, si j'hésite c'est parce que c'est une tarte à la crème du pédagogisme, et que cela m'agace, mais je dois reconnaître que ça peut être un levier puissant pour susciter l'intérêt chez les élèves (non, même sous la torture je n'écrirai pas "l'apprenant"). Chaque enseignant sait qu'il a gagné lorsque ses élèves sont capables de finir ses phrases, de devancer ses questions, et qui n'a pas ressentit une immense jubilation en voyant briller la lueur de la compréhension dans les yeux des étudiants, avant même la fin de l'énoncé du théorème ou de sa démonstration ? Un cours où les étudiants ne sont pas un peu acteurs, un peu chercheurs, est un cours sinon raté, du moins oubliable, chacun le sait. Aller plus loin est possible dans certains cas (quand j'enseignais en seconde, j'essayais de faire en sorte que les élèves découvrent et énoncent eux mêmes les cas d'isométrie de triangles, par exemple), mais la généralisation serait contre-productive, et à mon sens, relèverait du dogmatisme pédagogique (le pire des péchés en cette matière), tant ce type d'activité est chronophage, et engendre à la longue un manque de structuration dans les connaissances.

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Nouveaux programmes de seconde en mathématiques (2)

22 Mai 2009, 13:06pm

Publié par Fabien Besnard

Il semblerait que, devant le tollé général, les vecteurs réintègrent le projet de programme. Mais peut-être n'a-t-on pas assez insisté sur un autre outrage fait à la géométrie, mère de toutes les sciences : la disparition des cas d'isométrie et de similitude de triangles. Privés de ces outils puissants, intuitifs et beaux, les futurs élèves n'auront vraiment rien à se mettre sous le cortex en seconde. Finis les exos totalement inutiles mais tellement beaux, et tellement formateurs pour l'esprit, comme la démonstration du très étonnant théorème de Morley par la méthode des triangles semblables, due à John Conway. Désormais pour démontrer ce théorème, on devra passer par une hideuse méthode trigonométrique, ou attendre la Terminale S, spécialité maths, pour avoir accès à la méthode d'Alain Connes par les nombres complexes.

Mais il y a pire que la suppression de telle ou telle partie du programme. On pourrait se consoler de la disparition des triangles isométriques en considérant les quelques ajouts : probabilité, algorithmique, graphes... Mais justement, il ne faut pas ! C'est bien la philosophie générale de cette réforme, et avec elle de la réforme du lycée, ajournée mais point supprimée, qu'il faut combattre. Cette philosophie, c'est celle de l'éparpillement. Les mathématiques discrètes sont certes très intéressantes, accessibles, et conduisent à de nombreuses applications, mais on pourrait en dire autant de bien des domaines. S'agit-il de tout enseigner au lycée ? Ce serait se condamner à rester à la surface des choses, à ne jamais rien approfondir. Or c'est à partir de connaissances suffisamment solides en analyse, en algèbre élémentaire et en géométrie, que l'on peut construire une vraie culture mathématique. Sinon, on confond le rôle de l'enseignement et celui de la vulgarisation scientifique. Cela pose aussi le problème de la compétence des enseignants. Comment pourraient-ils transmettre des connaissances qu'ils n'ont pas, faute d'avoir été formés ? La formation continue ne peut pas se substituer non plus pour eux au travail d'approfondissement que constitue la préparation des concours. À moins qu'on ne veuille transformer les enseignants en simples animateurs, et que l'étape suivante des "réformes" soit la suppression des concours et leur remplacement par le BAFA ?

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Nouveaux programmes de seconde en mathématiques

18 Avril 2009, 18:14pm

Publié par Fabien Besnard

J'ai été alerté tout récemment à propos de l'existence d'un projet de nouveau programme pour la rentrée 2009. Une pétition circule. Je n'ai pas le temps d'écrire un billet très argumenté aujourd'hui, mais j'adhère pour l'essentiel à ce qui est dit sur le site de la Société Française de Mathématiques. Voir aussi le point de vue de Rudolf Bkouche. Les points principaux de la réforme sont :
1) la suppression de toute la géométrie à l'exception d'un peu de géométrie analytique. Les vecteurs, en particulier, disparaissent.
2) Le nivellement par le bas en "analyse/algèbre"  (la démonstration qu'une fonction est croissante en composant des fonctions des références n'est plus au programme, ni la mise sous forme canonique d'un polynôme du second degré).
3) l'apparition des probabilités en seconde (pourquoi ? C'est au programme de toutes les premières, quelle urgence y a t-il à les faire intervenir dès la seconde)
4) l'accent mis sur "l'algorithmique" (propice à l'apprentissage de recettes qu'on ne comprend pas)

Cependant, ce qui paraît le plus incroyable c'est que des changements aussi profonds (il n'y a pas eu de réforme d'ampleur équivalente depuis les fameuses "maths modernes") se fassent dans une telle précipitation. De plus, cette refonte complète oblige à revoir les programmes en première et en terminale, en particulier dans la section S, et pour l'instant on ne sait pas du tout ce qui est prévu. Il semble qu'on navigue à vue dans un domaine aussi sensible et qui engage l'avenir des élèves qui risquent d'essuyer les plâtres !

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La réforme du Lycée

14 Décembre 2008, 21:02pm

Publié par Fabien Besnard

On devrait bientôt en savoir plus sur cette fameuse réforme. Je n'ai malheureusement pas encore eu le temps d'analyser par moi-même ce qu'on en sait déjà, mais je veux partager avec vous ce billet très lucide et fort bien argumenté sur lequel je suis tombé.

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Baisse de niveau

9 Août 2008, 19:11pm

Publié par Fabien Besnard

Non, je ne veux pas parler de la baisse récente du niveau de mes billets (ni de celle de certains commentaires), mais de celle qui affecte les étudiants sortant de Terminale. On dit souvent que leur niveau baisse, affirmation que certains ne ressentent pas le besoin de réfuter sous prétexte qu'elle daterait de Cicéron. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Tout d'abord, pour éviter de dire trop de bêtises, je m'en tiendrai à mon domaine, même s'il serait nécessaire de faire quelques incursions en français, puisque cette matière a des répercussions sur toutes les autres. Enfin, les observations qui suivent proviennent de mon expérience devant des classes de Lycéens, et d'étudiants de 1ere année post-bac, essentiellement, mais aussi de correction de copies de bac et de concours niveau bac, et enfin de discussions à bâtons rompus avec les étudiants et les collègues. Bien qu'il n'y ait aucune rigueur scientifique dans tout ceci, la convergence de ces observations me semble suffisamment claire pour être digne d'être mentionnée, d'autant plus qu'elle rejoint des conclusions basées sur des faits plus quantitatifs, dont je donnerai dans la suite quelques exemples en lien.

J'en viens maintenant au fait. Les points faibles, en mathématiques, des étudiants en fin d'études secondaires aujourd'hui sont, principalement et à peu près dans l'ordre : 1) la capacité d'analyser ou de s'adapter à une situation nouvelle, 2) le raisonnement, 3) la clarté de l'expression, 4) l'usage du formalisme 5) la compréhension des notions fondamentales, 6) le calcul. Seule reste à peu près intacte la capacité d'appliquer une méthode type ou un algorithme, même complexe.

Quelles sont les causes de ce désastre ? Je discerne trois causes immédiates. La première est un manque de pratique et d'entraînement en mathématiques, la deuxième est la maîtrise insuffisante du français, la troisième est un manque de travail. Ces causes immédiates sont à leur tour les conséquences de trois causes plus lointaines. La première est la pédagogie « centrée sur l'élève », qui a connu un grand essor depuis les années 70-80, et dans lesquelles les élèves sortant aujourd'hui du secondaire ont été entièrement baigné. Cette pédagogie a inspiré des changements de programmes, d'organisation et de pratiques au sein des classes, dont les conséquences furent nombreuses et pour la plupart fâcheuses (voir une analyse des conséquences à l'entrée en 6e ici. Un seul exemple : 60 % d'échec à la question "combien vaut 60 divisé par 4 ?").

La deuxième cause est un choix politique datant lui aussi des années 80, et qui a consisté à assigner à l'école une mission qui n'est pas la sienne : résoudre le problème du chômage en multipliant les diplômés. Il ne fait pas de doute pour moi que l'augmentation, sans limite a priori, du niveau d'instruction général de la population est l'objectif principal de l'école, et que si, ce faisant, on contribue à diminuer le chômage, c'est une excellente chose. Ainsi l'objectif fixé à 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac n'a rien d'absurde en soi. Au contraire, il est enthousiasmant si l'on se donne suffisamment de temps et de moyens pour y parvenir sans sacrifier la qualité à la quantité. Un tel effort a été réalisé dans les années 45-60 dans le premier cycle secondaire (
voir ici). Malheureusement, on a cédé à la tentation d'abaisser le niveau de l'examen pour augmenter le pourcentage de réussite, et simultanément d'augmenter dans des proportions jamais vues le nombre de lycéens (voir ici, où l'on se glorifie d'avoir doublé la proportion de bachelier par génération entre 1985 et 1995, un résultat obtenu en faisant passer dans le même temps le taux de réussite à l'examen de 68 à 80%. Or depuis 1995 cette proportion stagne. On peut se dire qu'on aurait mieux fait de travailler sur le long terme et regretter cette marche forcée.). Même en l'absence de changement de programme ou d'horaire, la simplification de l'examen final conduit mécaniquement à la simplification des exercices d'entraînement. En résumant par un exemple, on pourrait dire que de plus en plus (en proportion d'une classe d'âge) d'étudiants sortant de Terminale sont capables d'intégrer x au cube, mais que de moins en moins sont capables d'intégrer sin x au cube.

Enfin, la troisième cause est la transformation de la filière scientifique en filière généraliste. Il me semble qu'augmenter de façon intelligente le taux de bachelier dans la population pourrait consister à diversifier les filières, afin que les profils les plus divers puissent accéder à la réussite. Une telle logique a présidé à la création des bac pros. Dans l'enseignement général, on a fait l'inverse, et l'on peut craindre que cette tendance se poursuive et même s'accentue si l'on en croît les propositions 4 et 9 de ce 
rapport du Sénat, ainsi que certaines déclarations de l'ancien maire de Neuilly. J'ajouterai qu'au niveau de la Terminale S, une certaine spécialisation me paraît souhaitable, les futurs étudiants en médecine, par exemple, n'ayant ni le même profil ni les mêmes besoins que les futurs élèves ingénieurs.
 À ce propos, je vous invite à lire cet article de Daniel Duverney (à compléter par celui-ci, qui aborde aussi la physique), qui montre clairement que la baisse du niveau en mathématiques à partir de 1995 procède d'une volonté politique de rééquilibrage en faveur des SVT dans le cadre d'une Terminale S de plus en plus généraliste. Ironiquement, il semble que cette politique, ait entraîné une baisse quantitative en plus d'une baisse qualitative. Effectivement, on peut comprendre la désaffection pour une discipline de plus en plus centrée sur la résolution d'exercices stéréotypés.

Notons que les pédagogies "centrées sur l'élève" (pour ne pas dire l'apprenant), ou encore constructivistes, avaient pour objectif déclaré de lutter contre le rabâchage et de promouvoir les "têtes bien faites" au détriment des "têtes bien pleines". Le slogan "apprendre à apprendre" est emblématique de cette conception de la pédagogie. Or on remarque que ce qui s'est produit est exactement l'inverse. En effet, en voulant supprimer la répétition dans l'apprentissage, il est vrai fastidieuse (mais surtout pour l'enseignant !), on a échoué à fixer des méthodes et à donner des réflexes dans les petites classes. Ce faisant, les enseignants des niveaux supérieurs ont bâti sur du sable, et en bout de chaîne (c'est-à-dire au bac pour le lycée, au brevet pour le collège), la catastrophe était tellement criante, que pour la masquer on a élaboré des exercices qu'on peut traiter sans rien y comprendre, mais qui sauvent les apparences par leur technicité. Prenons l'exemple du calcul d'un PGCD. À une époque pas si lointaine, on calculait le PGCD de deux nombres en classe de 4e en les décomposant en produit de facteurs premiers. Cette technique n'est plus envisageable puisque les nombres premiers ont disparu des programmes du collège. En effet pour s'apercevoir rapidement qu'un nombre est premier il faut maîtriser ses tables de multiplication, ce qui n'est plus le cas d'un grand nombre d'élèves du collège aujourd'hui (voir plus haut). Pour calculer un PGCD un élève (de 3e) est aujourd'hui censé appliquer l'algorithme d'Euclide. Cet algorithme utilisant des divisions successives, il se fait à l'aide d'une calculatrice. Vous avez saisi le tour de passe-passe ? D'une technique simple, efficace et intuitive, mais nécessitant une maîtrise des tables, on est arrivé à une technique trop complexe pour que la majorité des élèves en comprenne le principe mais qui requiert l'usage d'une calculette ce qui annule ipso facto la nécessité de maîtriser le calcul mental. Bien sûr on habillera le tout d'un vernis pédagogique sur l'importance de maîtriser des algorithmes (le mot algorithme est très présentable, mais il ne signifie rien d'autre qu'une recette ne nécessitant aucune initiative ni aucune réflexion). Il ne fait aucun doute que l'algorithme d'Euclide est fondamental et qu'il est bien plus efficace pour les grands nombres que la technique de décomposition en facteurs premiers, cependant, en se cantonnant aux petits nombres que l'on peut décomposer par le calcul mental, on acquiert une intuition et finalement une compréhension, bien plus profonde.

Aujourd'hui quand on présente une notion à un élève, disons de Seconde, on se rend compte que tout est un obstacle. Les fractions sont des obstacles, les racines carrées également, etc... Si vous rédigez un exercice mettant en jeu des fractions, des racines et des valeurs absolues, vous allez à la catastrophe. Par conséquent la tentation est grande de tout cloisonner, de faire en sorte de ne jamais cumuler les difficultés. Il est clair qu'on ne doit jamais présenter deux notions nouvelles en même temps, c'est un principe pédagogique de bon sens. Il est clair également que la première fonction du second degré qu'on présentera aura tendance à avoir des coefficients entiers, pour que l'attention se focalise sur ce qui est réellement nouveau. Mais lorsqu'il devient impossible, même après un peu d'entraînement, de sortir de ce qui ne devrait être que des exemples de départ, on se ferme la possibilité de faire vraiment des mathématiques, et surtout de les appliquer à des situations concrètes. En effet, tout problème qui n'est pas purement académique a toutes les chances de faire intervenir différentes notions (soyez sans crainte, le programme de physique du Lycée réussit le tour de force de se dispenser pratiquement de mathématique). Une autre conséquence est la perte de pratique. Si un élève de fin de Terminale a eu dans sa vie 10 heures de cours et d'exercices sur les fonctions trigonométriques, ces 10 heures représentent à peu près toute sa pratique de la chose. En conséquence, rien n'est acquis, rien n'est devenu fluide, et le colleur de maths sup ne s'étonnera plus de voir les étudiants tracer des cercles trigonométriques pour retrouver les propriétés de parité des fonctions cosinus et sinus. Ce manque de pratique dû au cloisonnement interne et à la simplicité technique extrême des exercices-type de bac, qui constituent l'horizon du système, se surajoute au manque de pratique engendré mécaniquement par la suppression d'heures de cours (rien qu'en TS, la proportion d'élèves ayant au moins 7 heures et demi de mathématiques par semaine a été divisé par deux entre 1994 et 2004). Là encore il est piquant de constater que la conséquence (le cloisonnement) est à l'exact opposé des intentions initiales des pédagogies en vigueur.

 

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Pour une école publique digne de ce nom

18 Juin 2008, 10:53am

Publié par Fabien Besnard

Voici un lien vers une pétition de l'UFAL qui a le mérite de ne pas mélanger, comme le font certains syndicats, la question des suppressions de postes dans le secondaire et celle des nouveaux programmes du primaire. Ces derniers ne sont certes pas parfaits (voir une analyse ici), mais ils ont le mérite de rompre avec une tendance dont j'analyserai les méfaits dans un prochain billet. Néanmoins, il est important de souligner les contradictions de la politique du ministre. On ne peut pas réclamer un retour à l'exigence tout en supprimant des heures et des moyens humains. Par ailleurs, certaines indications sur une possible réforme du Lycée, ainsi que des menaces qui planent sur les concours font craindre le pire pour l'avenir. Pour ma part je n'ai aucune illusion sur les priorités de l'actuel gouvernement : le ciblage des suppressions de postes sur les quartiers les moins favorisés (Canard enchaîné, 16/04/08, "Des lycéens plus égaux que les autres") est parfaitement clair. On veut une école publique qui coûte le moins cher possible, et n'importe quel prétexte sera bon pour justifier des économies. Si le ministre tenait vraiment à sa réforme pédagogique, il se battrait pour préserver les postes afin de montrer sa bonne volonté, et ne prendrait pas de haut les grévistes. Et puis il préparerait ses interventions télévisées en révisant la règle de trois...

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Une étude à contre-courant

28 Août 2007, 12:38pm

Publié par Fabien Besnard

Voici un article du Daily telegraph qui rend compte d'une étude selon laquelle l'influence de l'utilisation des ordinateurs à l'école et à la maison sur les progrès scolaires des enfants est nulle, voire négative ! Le plus intéressant c'est qu'en ré-analysant les données d'une étude PISA de 2000, les chercheurs se sont aperçus que la conclusion était complètement fausse ! Selon l'étude PISA, plus les enfants avaient d'ordinateurs à la maison, plus ils réussissaient à l'école. Or l'équipement en ordinateur est fortement corrélé aux revenus et au niveau social. Une fois éliminée l'influence du niveau de revenu, celle des ordinateurs était réduite à... zéro. Une telle confusion entre corrélation et causalité dans une étude internationale (PISA influence fortement les politiques des pays européens en matière d'éducation) peut sembler étonnante, alors qu'on est en droit d'attendre qu'un lycéen moyen comprenne cette nuance (c'est en effet un objectif du Lycée). Mais le discours pro-ordinateur est agréable à l'oreille des politiques : lancer une grande campagne d'équipement en informatique c'est tellement médiatique et tellement moins coûteux que de recruter des enseignants bien formés... Alors, si vous allez dans ce sens, personne n'ira regarder vos résultats de trop près.

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Heures de maths en TS.

24 Juin 2007, 11:55am

Publié par Fabien Besnard

Je signale la mise en ligne d'une pétition pour le rétablissement d'une heure de math en Terminale S, suite à la suppression des TPE (Travaux Personnels Encadrés). Il n'y a guère de chance que cette pétition porte ses fruits (mais il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre...), ni que les non-initiés entendent parler de ce problème, puisque le seul sujet actuellement médiatisé est la remise en question de la carte scolaire, formidable écran de fumée qui permet d'éviter d'aborder les questions de fond.

Voici donc un petit rappel des faits. On assiste depuis des années à ce qui ressemble bien à l'application d'une stratégie, consistant à mettre en place des "innovations pédagogiques" présentées comme mirobolantes (dont la propagande ne manquera pas d'être faite dans les médias) et qui... disparaissent dans les 1 à 3 ans qui suivent. Bien entendu, jamais les professeurs (en particulier de maths et de français) ne revoient la couleur des horaires dégagés en faveur de ces TPE et autres IDD (Itinéraires De Découverte). Ces heures disparues permettent de supprimer des postes et donc de faire des économies, c'est bien là l'essentiel, n'est-ce pas ?

Rendre ces heures serait une première mesure simple à prendre pour un ministre désireux de montrer son soucis d'un enseignement de qualité pour tous les élèves. De plus, ce ne serait que justice. C'est pourquoi je vous invite à signer cette pétition.

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Instruction et éducation

11 Avril 2007, 14:52pm

Publié par Fabien Besnard

Je recommande à tous la lecture de l'article de F. Guichard sur le blog de J.P. Brighelli, sur la distinction entre éducation nationale et instruction publique. Ce qui pourrait passer pour une simple nuance reflète en réalité une opposition entre deux conceptions philosophiques. Cette opposition s'est exprimée en 1792 entre les partisans de Robespierre, largement inspirés par Rousseau, et ceux de Condorcet lors des débats à l'assemblée législative relatifs à l'organisation de l'enseignement public. F. Guichard montre bien comment les deux conceptions s'affrontent toujours aujourd'hui. Un point me semble particulièrement important : "Tout le problème est là. Pour les « militants de l'éducation », les savoirs sont des opinions, et non pas fondés en raison. Voilà pourquoi, selon ces personnes, instruire est une violence faite à l'enfant.". Ici ce n'est pas "la faute à Rousseau", mais plutôt aux philosophies post-modernes et au relativisme cognitif qui ont impregné une bonne partie de l'intelligentsia et des "sciences" de l'éducation.

Pour finir, évitons de tomber dans le manichéisme (comme certains commentateurs du blog de JPB) : Rousseau était un grand philosophe, et l'on peut, avec Condorcet, admirer "Du contrat social" tout en étant en profond désaccord avec ses vues sur l'éducation.

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Comparaison des sujets de Physique au Bac

20 Mars 2007, 09:27am

Publié par Fabien Besnard

On trouve sur le site de Sauver les Lettres l'analyse fort pertinente d'un professeur de Physique de l'évolution des énoncés de Bac dans cette discipline depuis 1990. Il y est montré de manière très claire que toute exigence de réflexion a été abandonnée au profit du pavlovisme le plus extrême. Ceci se retrouve également en mathématiques. Je crois que cet aspect des choses est très important : on insiste souvent sur la diminution (réelle) de la quantité de choses que l'on apprend aux élèves du secondaire, mais la diminution qualitative est au moins aussi grande, et je crois que ses conséquences sont bien plus néfastes et plus durables. Il est piquant de constater que les apôtres du "savoir moins pour savoir mieux" ont conduit à une situation où des élèves aux têtes mal faites et bien vides savent à la fois moins et plus mal. La raison en est connue : en présentant des situations stéréotypées aux élèves, on s'assure que ceux qui font un minimum d'effort d'apprentissage par coeur (ou de remplissage de mémoire de calculatrice) s'en sortiront. Je veux dire "s'en sortiront le jour du bac", car ce qui leur arrive après n'intéresse pas les réformateurs du secondaire. C'est ainsi qu'on peut constater dans le supérieur les ravages d'une telle méthode de travail "presse-bouton", acquise pendant des années de Lycée et de Collège. Les étudiants, moins que jamais habitués à réfléchir par eux-mêmes et à s'adapter à des situations nouvelles, s'y retrouvent souvent en grande difficulté. Mettons-nous à leur place : n'y a-t-il pas de quoi se sentir trahi par le système ?

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