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math-et-physique

Paradoxes mathématiques

10 Octobre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

L'article de Jean-Paul Delahaye dans le dernier numéro de Pour la Science traite de deux raisonnements mathématiques (probabilistes dans les deux cas) tout ce qu'il y a de plus rigoureux, mais dont la conclusion est tellement contraire à notre intuition que l'on a coûtume de les appeller "paradoxes".

Le premier est le paradoxe de Monty Hall, que j'ai également traité ainsi qu'une de ses variantes sur cette page.

Le second, qui m'était inconnu est qui est très troublant, est "l'énigme des Sophies". L'énoncé est le suivant : 1er cas : une famille de deux enfants a au moins une fille, 2e cas : une famille de deux enfants a au moins une fille qui s'appelle Sophie. Dans les deux cas il faut déterminer la probabilité que la famille ait deux filles. Notre intuition nous hurle que les deux probabilités seront égales, et pourtant ce n'est pas le cas ! La première probabilité vaut 1/3 et la seconde 1/2. Je vous invite à lire l'article de J.P Delahaye pour plus de précisions.

Le point commun entre ces deux "paradoxes" est de montrer que notre intuition n'identifie pas toujours très bien le contenu en information d'une situation. Un autre célèbre paradoxe du même genre est celui de Hempel, aussi connu sous le nom de paradoxe de l'induction. Soit la conjecture : "tous les corbeaux sont noirs". Si vous voyez un corbeau noir, deux corbeaux noirs, trois corbeaux noirs etc... vous serez sûrement d'accord pour dire que la probabilité que cette conjecture soit vraie augmente. Vous le serez peut-être moins si je vous dis qu'il en va de même si l'on voit... une vache blanche ! Rendez vous sur cette page sur mon site si vous souhaitez en savoir plus.

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Trois articles importants

6 Octobre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Je signale en vitesse trois articles importants parus dans les archives hier : l'article de Han et Ma et celui de Thiemann qui démontrent par des techniques différentes l'existence d'un opérateur de "contrainte maîtresse" pour la gravité quantique à boucles, ce qui constitue une avancée majeure dans le programme établit par Thiemann. L'autre article est celui de Padmanabhan, et traite de la possibilité de dériver la relativité générale d'une action contenant uniquement des termes de surface accessibles à tous les observateurs, et de l'interprétation thermodynamique de cette action. Je n'ai pas eu le temps de lire en détail ce nouvel article, donc j'ignore s'il contient de nouvelles choses par rapport à ceux dont j'ai déjà parlé ici. Quoi qu'il en soit, cette approche me semble être une indication très forte en faveur d'une structure "atomique" de l'espace-temps à petite échelle, au même titre que le calcul de l'entropie d'un trou noir par Bekenstein et Hawking.

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Matheux fermions et physiciens bosons

4 Octobre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

J’ai découvert sur le site d’Alain Connes ce charmant petit texte intitulé « Advice to the beginner » (conseil au débutant). Il s’agit de débutant chercheur en mathématiques, mais ses conseils peuvent sûrement s’appliquer à bien d’autres disciplines… même si Alain Connes remarque que « les mathématiciens ont tendance à se comporter comme des fermions, c’est-à-dire évitent de travailler dans des domaines trop à la mode, tandis que les physiciens se comportent bien plus comme des bosons qui se rassemblent en larges groupes et survendent souvent leurs travaux, une attitude que les mathématiciens regardent avec dédain ».  Il y a du vrai, mais il me semble qu’il faut nuancer le propos sur deux points. Tout d’abord, et à la décharge des physiciens, leur comportement bosonique est souvent dicté par les impératifs de la compétition académique et la dureté du marché du travail bien plus que par une inclination naturelle au grégarisme. Ceci s’applique d’ailleurs non seulement en physique mais à l’occasion en mathématiques. Enfin, il existe des physiciens intrinsèquement fermioniques, l’exemple d’Einstein vient immédiatement en tête. Il est d’ailleurs probable que les prochaines grandes avancées conceptuelles que connaîtra la physique théorique seront dues à un physicien de cette sorte, qui aura su se mettre à l’abris des modes pour réfléchir aux problèmes fondamentaux, une attitude malheureusement bien peu payante sur le plan de la carrière.

 

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Générateur d'articles

23 Septembre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Jeremy Stribling, Max Krohn et Dan Aguayo sont trois étudiants en informatique qui ont un drôle de passe-temps : traquer les conférences bidons.  Tous ceux qui ont une adresse e-mail liée de près ou de loin à un organisme de recherche ou à une université ont sûrement reçu un jour des propositions pour s'inscrire à des conférences au contour très flou, abordant toutes sortes de sujets. Nos trois compères se sont inscrits à l'une d'elles, WMSCI 2005, et ont soumis un papier... entièrement généré par ordinateur ! Le plus drôle est que le papier a été accepté, et ils ont pu avoir le plaisir de donner une conférence totalement absurde en enchaînant les non-sens et les schémas bidons ! Rien que le titre est savoureux : "Rooter : une méthodologie pour l'unification typique des points d'accès et de la redondance". Il faut absolument aller sur ce site où l'on peut télécharger la scène qui a été filmée : impayable ! On peut également utiliser leur formidable générateur, et les aider financièrement pour s'inscrire à d'autres conférences. Je crois qu'on peut les féliciter pour avoir su dénoncer avec brio cette arnaque.

En cliquant un peu à partir de leur site on peut trouver une liste d'autres générateurs intéressants, voici une sélection : le fameux générateur de textes post-modernes, un générateur de vérités cosmiques, un autre d'excuses, un autre d'articles de blogs

Malheureusement, il n'y pas de générateur de mémoire d'IUFM, mais ça doit pouvoir se programmer ! En tout cas ça rendrait service à beaucoup de monde...

 

 

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La marche (ininterrompue) de la bêtise

19 Septembre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

On sait que le film "La marche de l'empereur" fait un carton aux USA. On apprend sur cosmic variance (voir aussi ce lien en français) que, curieusement, certains religieux extrémistes ont beaucoup apprécié le film. Ils y voient même un argument en faveur de "l'intelligent design" ! Tout cela est bien ridicule. Il n'empêche que depuis Microcosmos, les documentaires animaliers semblent s'être mués en odes mystiques à la beauté de mère Nature, où l'indigence du commentaire le dispute à la vacuité du contenu scientifique. Qu'on puisse faire des films célébrant la beauté de l'univers, pourquoi pas. Le problème c'est que ça a l'air de devenir la mode. Qu'il s'agisse d'ailleurs de documentaires animaliers ou touchant à d'autres domaines scientifiques, la tendance semble être au mystique et au spectaculaire. Qui a vu la ridicule série "Superplant" ne me contredira pas. De même pour la "Terre des dinosaures", d'un anthropomorphisme consommé. Quant à la fameuse "odyssée de l'espèce", elle est aussi contestable par certains aspects : qu'on brode et qu'on fasse appel aux sentiments du spectateur, pourquoi pas s'il s'agit de servir la connaissance. Mais il me semble que la mise en scène prend nettement le pas sur la transmission de la connaissance et la popularisation du savoir. 

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Combien de dimensions pour l’espace-temps ?

9 Septembre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Pourquoi vivons-nous dans espace-temps à 4 dimensions ? Voilà une question à laquelle il semble très difficile de répondre. Pour certains c’est une question plus métaphysique que physique, pour d’autres il est tout simplement trop tôt pour tenter d’y répondre. Cependant, plusieurs théories spéculatives de gravité quantique semblent avoir leur mot à dire : la théorie des supercordes, qui est la première historiquement à s’être confrontée au problème, et plus récemment la théorie des « triangulations dynamiques causales», et enfin la théorie des « équations d’Einstein quantiques ».

 

 

On affirme souvent que la théorie des supercordes « prédit » que l’espace-temps possède 10 dimensions (ou 11 pour la théorie M). La situation est toutefois un peu plus compliquée. La théorie classique d’évolution d’une corde est soumise à un certain type de symétrie (symétrie conforme). Pour que cette symétrie soient préservée telle qu’elle au niveau quantique (on dit alors qu’il n’y a pas d’anomalie conforme), il est nécessaire qu’une certaine équation soit vérifiée, et il se trouve qu’elle l’est si et seulement si la dimension de l’espace-temps est égale à 10. Cette dimension est appelée dimension critique. Le fait de travailler en dimension critique simplifie considérablement la théorie et permet d’éviter certaines pathologies. Cependant, rien ne semble interdire l’existence, au moins d’un point de vue mathématique, d’une théorie des supercordes en dimension non critique et en particulier sub-critique. L’affirmation parfois entendue que la théorie des supercordes a un sens si et seulement si d=10 est donc sujette à caution. Tout ce qu’on peut dire c’est que l’absence d’anomalie conforme nécessite que la dimension de l’espace-temps soit 10, mais l’absence d’anomalie conforme n’est en aucun cas une exigence mathématique et encore moins une donnée expérimentale. En tout état de cause on ne peut pas dire que la théorie des supercordes prédise la dimensionnalité de l’espace-temps. Tout au plus on peut dire que certaines exigences de simplicité interne à la théorie amène naturellement à cette conclusion. Ce qui n’est pas si mal, enfin si l’on excepte le fait que toutes les données dont nous disposons actuellement indiquent que notre univers a 4 dimensions d’espace-temps, et non pas 10 ! Mais restons ouvert sur ce point, la situation évoluera peut-être avec de nouvelles expériences.

 

 

La théorie des triangulations dynamiques causales (CDT), d’Ambjorn, Jurkiewicz et Loll est une approche  totalement différente. L’idée est de quantifier la relativité générale via les intégrales de Feynman. Pour évaluer ces dernières, qui sont très mal définies, on fait une triangulation de  l’espace-temps par des 4-simplexes, ce qui est l’équivalent à 4 dimensions de la représentation d’une surface sur un écran d’ordinateur par une myriade de minuscules triangles, puis on fait tendre la taille des 4-simplexes vers zéro. Cette méthode permet des calculs numériques, en particulier on peut estimer quelles sont les configurations des 4-simplexes (les uns par rapport aux autres) les plus probables par des méthodes de Monte-Carlo. La surprise est que ces configurations sont complètement pathologiques : tous les simplexes s’agglutinent, auquel cas ils ne forment pas un espace-temps macroscopique, ou au contraire ils se rangent les uns derrière les autres en une longue chaîne, un peu comme des molécules au sein d’un polymère. Remarquons qu’un tel arrangement a une dimension macroscopique égale à 1, même si les briques élémentaires (les simplexes) sont de dimension 4, de même qu’un spaghetti vu de loin semble être un objet à une dimension. (En fait la dimension macroscopique n’est pas réellement égale à 1, mais à 2 car les « polymères » se recroquevillent à la manière des fractales.)

Ce résultat est évidemment inacceptable. Cependant, et de façon très remarquable, si on demande que les simplexes se recollent uniquement de façon à ce que la causalité soit respectée en passant d’un simplexe à l’autre, les configurations dominantes ont une dimension macroscopique égale à 4. Ce résultat est résumé dans l’article cité plus haut par « la causalité implique la 4-dimensionalité ! ». Cela ne me paraît absolument pas justifié. En effet, en partant de simplexes de dimension 3 et en appliquant le même principe, on obtient des configurations de dimension macroscopique égale à 3. On peut donc dire (au moins pour les dimensions 2,3 et 4, seules explorées pour l’instant) que des briques élémentaires de dimension d + la causalité microscopique implique une dimension macroscopique égale à d. Il s’agit donc bien plus d’une condition de cohérence interne à cette formulation que d’une explication de la dimensionnalité de l’espace-temps à partir de la causalité microscopique. Allons un peu plus loin. Les simulations numériques de la CDT avec des briques élémentaires de dimension 4 indiquent de façon très surprenante que, bien que la dimension macroscopique soit égale à 4, la dimension à très petite échelle (mais supérieure à l’échelle des briques) est plus petite ! En fait elle semble tendre vers 2 pour les petites distances ! Or il se trouve que ce résultat concorde avec ce qu’on trouve dans le cadre des la théorie des « équations d’Einstein quantiques » de Reuter et Lauscher. Les auteurs y voient une confirmation qu’ils sont sur la bonne voie. Je reconnais ma totale incompréhension des travaux de Reuter et Lauscher, et j’accueillerai volontiers toute explication sur le sujet. Cependant, concernant les travaux de Loll et al, je dois avouer que vois le phénomène de changement de dimension aux petites échelles comme plutôt pathologique. En effet, parmi les hypothèses initiales de la théorie, il y a la dimensionnalité des briques de base, qui est prise égale à 4, et ce 4 vient de notre intuition macroscopique. Si réellement la dimension effective de l’espace-temps est 2 aux petites échelles, et si nous vivions à ces échelles, nous n’aurions jamais construit une théorie fondée sur des briques élémentaires de dimension 4 ! Autrement dit, si la théorie des CDT pointe dans la bonne direction, il devrait être possible de la reformuler directement à partir d’objets de base 2-dimensionnels.

Ceci fait immanquablement penser à gravité quantique à boucle. Cette théorie ne dit a priori rien sur la dimension de l’espace-temps. Elle est prise au départ égale à 4 de façon classique. Il se trouve cependant que les excitations de la géométrie spatiale sont données par des objets de dimension 1, les réseaux de spin, tandis que leur évolution dans le temps peut s’exprimer en terme de « mousses de spin » de dimension 2. De même certains théoriciens de cordes, comme Brian Greene (du moins si j’ai bien compris sa pensée), estiment qu’une formulation non-perturbative de leur théorie devrait faire des surfaces tracées par l’évolution des cordes la véritable « essence » de l’espace-temps, qui serait alors là aussi fondamentalement de dimension 2.

On peut voir l’ébauche d’une convergence, sans qu’on puisse bien sûr en déduire qu’elle se fait dans la bonne direction.

 

 

 

 

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Jargon

29 Août 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Le jargon administratif est parfois tellement impénétrable qu'il en devient teinté d'une sorte de poésie absurde. Voici un exemple que Pierre Dac n'aurait pas renié, trouvé au dos d'une feuille de notation administrative (distribuée annuellement aux enseignants). Si vous ne me croyez pas le scan est ici.


 

Voies de recours

Si vous estimes devoir contester cette décision, vous pouvez former :

-soit un recours gracieux qu'il vous appartiendrait de m'adresser,

-soit un recours contentieux devant le tribunal administratif.

Le recours gracieux peut être fait sans condition de délais.

En revanche, le recours contentieux doit intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Toutefois, si vous souhaitez en cas de rejet du recours gracieux, former un recours contentieux, ce recours gracieux devra avoir été introduit dans un délai sus-indiqué du recours contentieux.

Vous conserverez ainsi la possibilité de former un recours contentieux dans un délai de deux mois à compter de la décision intervenue sur ledit recours gracieux.

Cette décision peut être explicite ou implicite (absence de réponse de la part de l'administration pendant quatre mois).

Dans les cas très exceptionnels où une décision explicite intervient dans un délai de deux mois après la décision implicite -c'est-à-dire dans un délai de six mois à compter du présent avis- vous disposez à nouveau d'un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision explicite pour former un recours contentieux.


 

 Finalement, le plus simple c'est de ne pas former de recours...

Si vous avez d'autres exemple du même tonneau n'hésitez pas à me les envoyer, je lance un grand concours !

 

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Qui vivra verra !

22 Août 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

La physique quantique a donné lieu à de multiples interprétations. Une des plus populaires est celle du multivers d’Everett et DeWitt (voir aussi cette FAQ). Fondamentalement, l’idée est de remplacer les probabilités quantiques par des statistiques. Cette interprétation est très attirante car elle permet de se débarrasser de certains paradoxes, comme celui du fameux chat de Schrödinger, mais au prix d’une hypothèse très forte : l’existence d’une quantité virtuellement infinie d’univers parallèles. Le problème majeur avec cette interprétation (comme avec la plupart des autres) est qu’il n’y a aucun moyen de la tester expérimentalement puisqu’elle fait exactement les mêmes prédictions que la mécanique quantique « traditionnelle ». Ma conviction est que l’avènement sans doute prochain d’une théorie unifiant physique quantique et relativité générale produira une nouvelle révolution conceptuelle qui éclairera d’un jour nouveau les « paradoxes quantiques », en particulier celui de l’imbrication (« quanglement »). En attendant, Moravec et Marchal ont indépendamment proposé une « expérience » des plus déconcertantes. Il s’agit tout bonnement de se mettre à la place du chat de Schrödinger, c’est-à-dire de coupler un lancer de pile ou face quantique avec un dispositif mortel quelconque et un expérimentateur, de mettre le tout dans une boîte noire et de répéter l’expérience un grand nombre de fois. C’est le suicide quantique. Du point de vue d’un observateur extérieur, rien ne permet de différencier l’interprétation multiverselle de l’interprétation traditionnelle : l’expérimentateur finit par mourir. Mais du point de vue subjectif de l’expérimentateur, la seule version de lui qui subsiste dans le multivers est celle qui a réussi tous les lancers de pile ou face. En supposant que la conscience de l’expérimentateur ne dépende que de sa mémoire (qui est la même dans chaque branche du multivers) et pas de sa position dans le multivers, il devrait à chaque tirage se retrouver sur la branche où il survit. L’idée est donc que l’expérimentateur va finir par comprendre ce qui se produit car il va survivre miraculeusement à chaque fois, ce qui n’est compréhensible que dans l’interprétation de Everett et De Witt ! Certains ont même poussé le raisonnement jusqu’à l’idée de l’immortalité quantique. Il se trouve qu’adolescent, friand de science et de science-fiction j’avais pensé à cette éventualité… pour la repousser aussitôt avec effroi : si on réfléchit quelques instant l’immortalité quantique est le pire des enfers puisque si vous êtes à l’article de la mort et que par quelque miracle quantique vous survivez, il est fort probable que vous surviviez dans un très mauvais état, un sort bien peu enviable et à bien des égards pire que la mort. Cependant, comme disait Jean Rostand, ce n’est pas parce qu’on trouve une chose horrible qu’elle n’existe pas.

Il est clair que le raisonnement qui sous-tend l’idée du suicide quantique est contestable sur de nombreux points. L’idée même de boîte noire pose problème du point de vue de la décohérence, la supposition sur la continuité de la conscience à travers le multivers est sujette à caution, etc… De plus, seul l’expérimentateur connaît la vérité, il lui serait impossible de convaincre les observateurs extérieurs. Je crains que cela ne révèle un problème profond avec cette idée : mon sentiment est que dans l’expérience du suicide quantique on passe subrepticement d’une interprétation fréquentiste des probabilités (qui fait tout l’intérêt de l’interprétation multiverselle) à une interprétation subjective des probabilités. Du point de vue de l’expérimentateur survivant disons à 100 suicides quantiques, l’explication la plus probable (encore faut-il accepter de donner une probabilité à une explication…) est que l’interprétation multiverselle est vraie. Mais du point de vue d’un observateur extérieur rien de tel : le fait que l’expérimentateur ait survécu 100 fois ne donne absolument aucun crédit à l’interprétation multiverselle. Il y aurait donc des théories vérifiées pour certains observateurs et pas pour d’autres, le caractère objectif de la connaissance serait irrémédiablement perdu. Si l’interprétation multiverselle est un remède aux paradoxes quantiques, le remède semble pire que le mal. Mais encore une fois ce n’est pas parce qu’une chose semble horrible qu’elle n’existe pas…

Notons toutefois que d’un point de vue popperien il n’y aucune différence entre l’observateur extérieur et l’expérimentateur. En effet, l’expérience du suicide quantique ne permet à aucun des deux de réfuter l’interprétation multiverselle, donc elle ne permet à aucun des deux de la confirmer. A ce titre elle resterait pour les deux une interprétation et non une théorie scientifique. Qui est prêt à risquer sa vie pour ça ?

 

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Le sondage : un nouveau critère pour l'éthique ?

4 Août 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Le numéro 10 (juin-septembre 2005) du magazine « Cerveau et Psycho », une émanation du très sérieux magazine « Pour la Science » contient un article intitulé « Sectes ou religions : quelles différences ? », par V. Saroglou professeur de psychologie à l’université catholique de Louvain. Cet article contient un certain nombre d’affirmations étonnantes. Ainsi « il paraît peu pragmatique d’envisager une suspicion généralisée par rapport au religieux intense.». J’avoue ne pas comprendre en quoi cela serait « peu pragmatique ». Par ailleurs une suspicion généralisée envers le religieux intense m’apparaît au contraire nécessaire. Faut-il rappeler le nombre de morts dû encore récemment au religieux intense ? Un peu plus loin, l’auteur évacue au détour d’une phrase les travaux des parlementaires français et belge sur la question sectaire, et met en avant dix critères qui lui paraissent raisonnables. Ces critères (rejet du monde extérieur, prosélytisme, etc…) me paraissent également raisonnables, mais pour savoir si ces critères sont effectivement perçus comme dangereux, l’auteur se base sur… un sondage auprès de 120 personnes ! Quel bel exemple de rigueur scientifique ! Il se permet même de classer les dix critères par ordre décroissant de dangerosité alors que les six premiers résultats sont tous dans la fourchette d’erreur qui doit être de l’ordre de dix pourcents pour un tel sondage. Au-delà du peu de crédibilité d’un sondage réalisé sur un échantillon aussi réduit de la population, le rôle du scientifique me paraît dangereusement brouillé dans cette affaire. S’il s’agissait de définir des critères de dangerosité des organisations sectaires pour le psychisme des individus, le professeur de psychologie V. Saroglou serait parfaitement dans son rôle. Lorsqu’il s’agit de définir ce que la société accepte ou non, qu’on me permette de me fier davantage à l’avis de parlementaires élus a priori pour ça qu’à celui d’un professeur en université armé d’un sondage ridicule. D’une manière générale, il me semble que c’est au législateur qu’incombe la tâche de définir « l’inacceptable », et surtout pas aux scientifiques. L’article de Cerveau et Psycho pose un problème qu’on peut replacer dans un contexte plus général. Les scientifiques doivent éclairer le législateur par des connaissances objectives (ou aussi objectives que possible), en l’occurrence préciser les dommages psychiques éventuellement subis par les adeptes, et non pas se substituer à lui. Malheureusement, les politiques ont de plus en plus tendance à ne pas assumer leur rôle et à se réfugier derrière des experts ou des comités d’éthique. Malgré l’estime que je peux porter à tel ou tel membre de ces comités, il me semble qu’il y a là une dérive à la fois de la science et de la démocratie.

 

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Conservatisme et révolutions scientifiques

31 Juillet 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Conservatisme et révolution scientifique.

 

Lors de la conférence « le siècle d’Einstein », Carlo Rovelli a fait une remarque très intéressante sur les articles de 1905 du grand physicien. À cette époque trois grandes théories dominaient la physique : la mécanique, l’électromagnétisme et la thermodynamique (ou la physique statistique, si l’on préfère). Or les articles d’Einstein se situaient précisément aux trois interfaces entre ces grands domaines : électromagnétisme et mécanique (relativité restreinte), électromagnétisme et thermodynamique (effet photoélectrique), mécanique et thermodynamique (mouvement brownien).

Rovelli souligne que c’est en prenant au sérieux la physique de son temps, en étant d’une certaine manière très conservateur, qu’Einstein a été amené à des découvertes révolutionnaires. Autrement dit ce ne sont pas les hypothèses dont est parti Einstein qui étaient révolutionnaires, mais les conclusions auxquelles il est parvenu, en partant uniquement de principes physiques reconnus ou de faits expérimentaux (la constance de la vitesse de la lumière dans tous les référentiels, plus tard l’égalité de la masse grave et de la masse inertielle) promus au rang de principes.

Aujourd’hui la physique théorique est dominée par deux grands domaines : la théorie quantique des champs, et la relativité générale, et le point de vue que développe Rovelli dans son livre « Quantum Gravity » est qu’il faut prendre ces théories au sérieux, sans faire d’hypothèse fracassante. Bien sûr son idée est que la gravité quantique à boucle réussit la jonction entre la théorie quantique et la relativité générale en suivant ce chemin « conservateur ».

Il faut reconnaître que, sans faire d’hypothèse physique nouvelle, la gravité quantique à boucle parvient à des conclusions remarquables, comme la quantification de l’aire, tandis que la théorie des cordes enchaîne les hypothèses (hypothèse initiale des cordes, dimensions supplémentaires, supersymétrie, etc… )  sans parvenir à aucune véritable prédiction.

Bien sûr, in fine, l’expérience tranchera mais il me semble que Rovelli ne fait que rappeler des principes scientifiques de base, qu’on pourrait rapprocher du rasoir d’Occam, qui ont historiquement fait la preuve de leur fécondité, tandis que les belles idées, issues des plus grands esprits que la Terre ait porté, mais finalement abandonnées, se comptent par dizaines.

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