Mardi 15 septembre 2009
Un élève me demandait tout récemment pourquoi on utlise le mot "anneau". Je lui ai répondu que ce terme était une erreur de traduction de l'Allemand "ring", qui pouvait signifier, dans une acception ancienne, quelque chose comme "club" ou "assemblée de personnes". Je précise que je ne parle pas Allemand, mais c'est ce que j'ai entendu de la bouche d'un éminent algébriste en qui j'ai toute confiance. Alors c'est ce que je répète depuis à qui me pose la question. Mais nul n'est infaillible, et il se pourrait bien que je colporte une fausse information ! Aussi j'ai voulu voir ce que l'on raconte à ce sujet sur internet. Et là, surprise : je me retrouve avec deux versions différentes ! Tout le monde s'accorde pour dire que le mot "ring" a été utilisé la première fois par Hilbert, mais dans la version anglaise du wikipédia, il est rapporté que ce mot fut choisi par référence à un anneau particulier qui avait la propriété de "retourner directement sur un élément de lui-même". Le wikipédia français, prudent, ne se prononce pas. En revanche, il me semble bien reconnaître ma version des faits dans l'avant-propos de l'article allemand (si j'en crois la traduction automatique...).

Qui croire ? La version anglaise ne me semble pas très crédible : il faudrait préciser de quel anneau il s'agit, et à vrai dire je ne comprends pas bien le sens de la propriété décrite. S'agit-il de Z/nZ, qu'on pourrait à la rigueur représenter par un anneau ? Cela me semblerait tiré par les cheveux de baptiser toute la structure en référence à ce cas très particulier... De son côté, la version allemande semble cohérente avec tout le reste de la terminologie sur les structures (ensembles, groupes, et même corps, dans le sens de "corps constitué").

Mais peut-être y a-t-il une troisième explication ! Il se peut que David Hilbert, qui avait proposé de rebaptiser "chaises et tables" les points et les droites de la géométrie, afin de les dépouiller de tout contenu intuitif, ait choisi un terme plus ou moins au hasard...

 J'espère que certains lecteurs (mathoman ?), auront des lumières sur la question.
Par Fabien Besnard - Publié dans : math-et-physique
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Mercredi 9 septembre 2009
Comme l'année dernière, je vous propose la lecture de la leçon d'introduction de mon cours d'algèbre à l'EPF. Cette année le fil rouge est "formalisme vs platonisme".

Vous pouvez toujours télécharger
la leçon de 2008, qui a été légérement mise à jour (quelques coquilles supprimées, une figure ajoutée).

Bonne lecture !


remarque : il y a quelques renvois à la suite de mon cours, mais ça ne devrait pas être très génant.
Par Fabien Besnard - Publié dans : math-et-physique
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Dimanche 6 septembre 2009
Vous pouvez lire un article de votre serviteur sur le site de l'AFIS, intitulé "Quand un physicien veut réconcilier science et religion"/

Par Fabien Besnard - Publié dans : pipeaulogie
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Jeudi 28 mai 2009

Tous les enseignants ont un jour été assaillis par l'accablement en réalisant que leurs élèves avaient complètement oublié ce qu'ils avaient vu les années précédentes, ou pire, le mois dernier. Comment lutter contre ce fléau ? Je propose trois pistes, en espérant que vous saurez, chers lecteurs, en ouvrir d'autres.

Première piste : la répétition. Soumettre des batteries d'exercices du même type jusqu'à ce que ça rentre... C'est une méthode fort décriée dans certaines sphères pédagogistes. Je la crois indispensable, au moins pour les techniques de base. En même temps, son insuffisance me semble criante. Avantages : permet d'acquérir des réflexes qui constitueront un point d'appuis pour aller plus loin, permet de développer sa force de travail. Inconvénients : même les réflexes finissent par s'émousser à long terme, ne favorise pas la compréhension en profondeur.

Deuxième piste : la complexité. Donner des problèmes dont la solution n'est pas du tout évidente, et  qui nécessitent d'employer des techniques variées, mélangeant diverses parties du cours. Il me semble que c'est le complément indispensable de la première piste, permettant de solliciter les réflexes acquis dans des contextes plus sophistiqués. Pour employer une métaphore sportive, la première piste appliquée à l'apprentissage du tennis consisterait à faire 100 coups droits, puis 100 revers. Pour la deuxième on joue une vraie partie. Je crois que cette complexité est ce qui manque le plus cruellement dans l'enseignement actuel.

Troisième piste : l'émotion. Ce qui reste le mieux inscrit dans notre mémoire est toujours ce qui a remué le plus d'émotion. Une grande variété d'émotions peuvent être utilisées dans l'apprentissage. L'émerveillement (devant des beaux résultats), l'enthousiasme (de l'enseignant, s'il est communicatif), le rire (même les blagues les plus stupides permettent de solliciter au bon moment le cerveau droit), voire même la peur (il est démontré qu'un peu de stress est bon pour la mémorisation).

Il y aurait bien une quatrième piste : faire découvrir par l'élève lui-même ce qu'on veut lui transmettre. Mais j'hésite à la citer. En toute honnêteté, si j'hésite c'est parce que c'est une tarte à la crème du pédagogisme, et que cela m'agace, mais je dois reconnaître que ça peut être un levier puissant pour susciter l'intérêt chez les élèves (non, même sous la torture je n'écrirai pas "l'apprenant"). Chaque enseignant sait qu'il a gagné lorsque ses élèves sont capables de finir ses phrases, de devancer ses questions, et qui n'a pas ressentit une immense jubilation en voyant briller la lueur de la compréhension dans les yeux des étudiants, avant même la fin de l'énoncé du théorème ou de sa démonstration ? Un cours où les étudiants ne sont pas un peu acteurs, un peu chercheurs, est un cours sinon raté, du moins oubliable, chacun le sait. Aller plus loin est possible dans certains cas (quand j'enseignais en seconde, j'essayais de faire en sorte que les élèves découvrent et énoncent eux mêmes les cas d'isométrie de triangles, par exemple), mais la généralisation serait contre-productive, et à mon sens, relèverait du dogmatisme pédagogique (le pire des péchés en cette matière), tant ce type d'activité est chronophage, et engendre à la longue un manque de structuration dans les connaissances.

Par Fabien Besnard - Publié dans : enseignement
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Vendredi 22 mai 2009
Il semblerait que, devant le tollé général, les vecteurs réintègrent le projet de programme. Mais peut-être n'a-t-on pas assez insisté sur un autre outrage fait à la géométrie, mère de toutes les sciences : la disparition des cas d'isométrie et de similitude de triangles. Privés de ces outils puissants, intuitifs et beaux, les futurs élèves n'auront vraiment rien à se mettre sous le cortex en seconde. Finis les exos totalement inutiles mais tellement beaux, et tellement formateurs pour l'esprit, comme la démonstration du très étonnant théorème de Morley par la méthode des triangles semblables, due à John Conway. Désormais pour démontrer ce théorème, on devra passer par une hideuse méthode trigonométrique, ou attendre la Terminale S, spécialité maths, pour avoir accès à la méthode d'Alain Connes par les nombres complexes.

Mais il y a pire que la suppression de telle ou telle partie du programme. On pourrait se consoler de la disparition des triangles isométriques en considérant les quelques ajouts : probabilité, algorithmique, graphes... Mais justement, il ne faut pas ! C'est bien la philosophie générale de cette réforme, et avec elle de la réforme du lycée, ajournée mais point supprimée, qu'il faut combattre. Cette philosophie, c'est celle de l'éparpillement. Les mathématiques discrètes sont certes très intéressantes, accessibles, et conduisent à de nombreuses applications, mais on pourrait en dire autant de bien des domaines. S'agit-il de tout enseigner au lycée ? Ce serait se condamner à rester à la surface des choses, à ne jamais rien approfondir. Or c'est à partir de connaissances suffisamment solides en analyse, en algèbre élémentaire et en géométrie, que l'on peut construire une vraie culture mathématique. Sinon, on confond le rôle de l'enseignement et celui de la vulgarisation scientifique. Cela pose aussi le problème de la compétence des enseignants. Comment pourraient-ils transmettre des connaissances qu'ils n'ont pas, faute d'avoir été formés ? La formation continue ne peut pas se substituer non plus pour eux au travail d'approfondissement que constitue la préparation des concours. À moins qu'on ne veuille transformer les enseignants en simples animateurs, et que l'étape suivante des "réformes" soit la suppression des concours et leur remplacement par le BAFA ?
Par Fabien Besnard - Publié dans : enseignement
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