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Générateur d'articles

23 Septembre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Jeremy Stribling, Max Krohn et Dan Aguayo sont trois étudiants en informatique qui ont un drôle de passe-temps : traquer les conférences bidons.  Tous ceux qui ont une adresse e-mail liée de près ou de loin à un organisme de recherche ou à une université ont sûrement reçu un jour des propositions pour s'inscrire à des conférences au contour très flou, abordant toutes sortes de sujets. Nos trois compères se sont inscrits à l'une d'elles, WMSCI 2005, et ont soumis un papier... entièrement généré par ordinateur ! Le plus drôle est que le papier a été accepté, et ils ont pu avoir le plaisir de donner une conférence totalement absurde en enchaînant les non-sens et les schémas bidons ! Rien que le titre est savoureux : "Rooter : une méthodologie pour l'unification typique des points d'accès et de la redondance". Il faut absolument aller sur ce site où l'on peut télécharger la scène qui a été filmée : impayable ! On peut également utiliser leur formidable générateur, et les aider financièrement pour s'inscrire à d'autres conférences. Je crois qu'on peut les féliciter pour avoir su dénoncer avec brio cette arnaque.

En cliquant un peu à partir de leur site on peut trouver une liste d'autres générateurs intéressants, voici une sélection : le fameux générateur de textes post-modernes, un générateur de vérités cosmiques, un autre d'excuses, un autre d'articles de blogs

Malheureusement, il n'y pas de générateur de mémoire d'IUFM, mais ça doit pouvoir se programmer ! En tout cas ça rendrait service à beaucoup de monde...

 

 

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La marche (ininterrompue) de la bêtise

19 Septembre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

On sait que le film "La marche de l'empereur" fait un carton aux USA. On apprend sur cosmic variance (voir aussi ce lien en français) que, curieusement, certains religieux extrémistes ont beaucoup apprécié le film. Ils y voient même un argument en faveur de "l'intelligent design" ! Tout cela est bien ridicule. Il n'empêche que depuis Microcosmos, les documentaires animaliers semblent s'être mués en odes mystiques à la beauté de mère Nature, où l'indigence du commentaire le dispute à la vacuité du contenu scientifique. Qu'on puisse faire des films célébrant la beauté de l'univers, pourquoi pas. Le problème c'est que ça a l'air de devenir la mode. Qu'il s'agisse d'ailleurs de documentaires animaliers ou touchant à d'autres domaines scientifiques, la tendance semble être au mystique et au spectaculaire. Qui a vu la ridicule série "Superplant" ne me contredira pas. De même pour la "Terre des dinosaures", d'un anthropomorphisme consommé. Quant à la fameuse "odyssée de l'espèce", elle est aussi contestable par certains aspects : qu'on brode et qu'on fasse appel aux sentiments du spectateur, pourquoi pas s'il s'agit de servir la connaissance. Mais il me semble que la mise en scène prend nettement le pas sur la transmission de la connaissance et la popularisation du savoir. 

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Combien de dimensions pour l’espace-temps ?

9 Septembre 2005, 00:00am

Publié par Fabien Besnard

Pourquoi vivons-nous dans espace-temps à 4 dimensions ? Voilà une question à laquelle il semble très difficile de répondre. Pour certains c’est une question plus métaphysique que physique, pour d’autres il est tout simplement trop tôt pour tenter d’y répondre. Cependant, plusieurs théories spéculatives de gravité quantique semblent avoir leur mot à dire : la théorie des supercordes, qui est la première historiquement à s’être confrontée au problème, et plus récemment la théorie des « triangulations dynamiques causales», et enfin la théorie des « équations d’Einstein quantiques ».

 

 

On affirme souvent que la théorie des supercordes « prédit » que l’espace-temps possède 10 dimensions (ou 11 pour la théorie M). La situation est toutefois un peu plus compliquée. La théorie classique d’évolution d’une corde est soumise à un certain type de symétrie (symétrie conforme). Pour que cette symétrie soient préservée telle qu’elle au niveau quantique (on dit alors qu’il n’y a pas d’anomalie conforme), il est nécessaire qu’une certaine équation soit vérifiée, et il se trouve qu’elle l’est si et seulement si la dimension de l’espace-temps est égale à 10. Cette dimension est appelée dimension critique. Le fait de travailler en dimension critique simplifie considérablement la théorie et permet d’éviter certaines pathologies. Cependant, rien ne semble interdire l’existence, au moins d’un point de vue mathématique, d’une théorie des supercordes en dimension non critique et en particulier sub-critique. L’affirmation parfois entendue que la théorie des supercordes a un sens si et seulement si d=10 est donc sujette à caution. Tout ce qu’on peut dire c’est que l’absence d’anomalie conforme nécessite que la dimension de l’espace-temps soit 10, mais l’absence d’anomalie conforme n’est en aucun cas une exigence mathématique et encore moins une donnée expérimentale. En tout état de cause on ne peut pas dire que la théorie des supercordes prédise la dimensionnalité de l’espace-temps. Tout au plus on peut dire que certaines exigences de simplicité interne à la théorie amène naturellement à cette conclusion. Ce qui n’est pas si mal, enfin si l’on excepte le fait que toutes les données dont nous disposons actuellement indiquent que notre univers a 4 dimensions d’espace-temps, et non pas 10 ! Mais restons ouvert sur ce point, la situation évoluera peut-être avec de nouvelles expériences.

 

 

La théorie des triangulations dynamiques causales (CDT), d’Ambjorn, Jurkiewicz et Loll est une approche  totalement différente. L’idée est de quantifier la relativité générale via les intégrales de Feynman. Pour évaluer ces dernières, qui sont très mal définies, on fait une triangulation de  l’espace-temps par des 4-simplexes, ce qui est l’équivalent à 4 dimensions de la représentation d’une surface sur un écran d’ordinateur par une myriade de minuscules triangles, puis on fait tendre la taille des 4-simplexes vers zéro. Cette méthode permet des calculs numériques, en particulier on peut estimer quelles sont les configurations des 4-simplexes (les uns par rapport aux autres) les plus probables par des méthodes de Monte-Carlo. La surprise est que ces configurations sont complètement pathologiques : tous les simplexes s’agglutinent, auquel cas ils ne forment pas un espace-temps macroscopique, ou au contraire ils se rangent les uns derrière les autres en une longue chaîne, un peu comme des molécules au sein d’un polymère. Remarquons qu’un tel arrangement a une dimension macroscopique égale à 1, même si les briques élémentaires (les simplexes) sont de dimension 4, de même qu’un spaghetti vu de loin semble être un objet à une dimension. (En fait la dimension macroscopique n’est pas réellement égale à 1, mais à 2 car les « polymères » se recroquevillent à la manière des fractales.)

Ce résultat est évidemment inacceptable. Cependant, et de façon très remarquable, si on demande que les simplexes se recollent uniquement de façon à ce que la causalité soit respectée en passant d’un simplexe à l’autre, les configurations dominantes ont une dimension macroscopique égale à 4. Ce résultat est résumé dans l’article cité plus haut par « la causalité implique la 4-dimensionalité ! ». Cela ne me paraît absolument pas justifié. En effet, en partant de simplexes de dimension 3 et en appliquant le même principe, on obtient des configurations de dimension macroscopique égale à 3. On peut donc dire (au moins pour les dimensions 2,3 et 4, seules explorées pour l’instant) que des briques élémentaires de dimension d + la causalité microscopique implique une dimension macroscopique égale à d. Il s’agit donc bien plus d’une condition de cohérence interne à cette formulation que d’une explication de la dimensionnalité de l’espace-temps à partir de la causalité microscopique. Allons un peu plus loin. Les simulations numériques de la CDT avec des briques élémentaires de dimension 4 indiquent de façon très surprenante que, bien que la dimension macroscopique soit égale à 4, la dimension à très petite échelle (mais supérieure à l’échelle des briques) est plus petite ! En fait elle semble tendre vers 2 pour les petites distances ! Or il se trouve que ce résultat concorde avec ce qu’on trouve dans le cadre des la théorie des « équations d’Einstein quantiques » de Reuter et Lauscher. Les auteurs y voient une confirmation qu’ils sont sur la bonne voie. Je reconnais ma totale incompréhension des travaux de Reuter et Lauscher, et j’accueillerai volontiers toute explication sur le sujet. Cependant, concernant les travaux de Loll et al, je dois avouer que vois le phénomène de changement de dimension aux petites échelles comme plutôt pathologique. En effet, parmi les hypothèses initiales de la théorie, il y a la dimensionnalité des briques de base, qui est prise égale à 4, et ce 4 vient de notre intuition macroscopique. Si réellement la dimension effective de l’espace-temps est 2 aux petites échelles, et si nous vivions à ces échelles, nous n’aurions jamais construit une théorie fondée sur des briques élémentaires de dimension 4 ! Autrement dit, si la théorie des CDT pointe dans la bonne direction, il devrait être possible de la reformuler directement à partir d’objets de base 2-dimensionnels.

Ceci fait immanquablement penser à gravité quantique à boucle. Cette théorie ne dit a priori rien sur la dimension de l’espace-temps. Elle est prise au départ égale à 4 de façon classique. Il se trouve cependant que les excitations de la géométrie spatiale sont données par des objets de dimension 1, les réseaux de spin, tandis que leur évolution dans le temps peut s’exprimer en terme de « mousses de spin » de dimension 2. De même certains théoriciens de cordes, comme Brian Greene (du moins si j’ai bien compris sa pensée), estiment qu’une formulation non-perturbative de leur théorie devrait faire des surfaces tracées par l’évolution des cordes la véritable « essence » de l’espace-temps, qui serait alors là aussi fondamentalement de dimension 2.

On peut voir l’ébauche d’une convergence, sans qu’on puisse bien sûr en déduire qu’elle se fait dans la bonne direction.

 

 

 

 

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